La deuxième fois, c’était pour justifier le référendum. En effet, au cours d’une interview accordée cette semaine en langue nationale haoussa, Mamadou Tandja a justifié son projet par la volonté de donner plus de pouvoirs au président de la République qui se retrouve "mains et poings liés" dans l’actuel régime semi- présidentiel consacré par la Constitution qu’il veut justement remplacer par une autre et pour la rédaction de laquelle il a installé cette semaine un comité.
C’est tout simplement justifier l’injustifiable. Et en la matière, Tandja et ses courtisans ne manquent pas d’imagination quitte à tomber dans le ridicule. Heureusement que celui-ci ne tue pas. Sinon comment comprendre que ce soit maintenant que l’homme fort de Niamey découvre que le premier magistrat du Niger n’a pas la réalité et la plénitude du pouvoir, qu’il doit le partager avec le Premier ministre et l’Assemblée nationale. Pourtant, il a eu le temps d’effecteur deux mandats successifs sans se rendre compte de cette situation dont il dit d’ailleurs que son pays est le seul à la vivre sur le continent africain. On aurait compris, et peut-être souscrit à son projet s’il avait voulu s’attaquer au système instauré par la Constitution au cours de son premier ou deuxième mandat.
Mais il ne l’a pas fait. C’est au terme de son dernier mandat qu’il y a pensé sérieusement. Cela est très suspect. Tandja veut mettre en avant le changement de l’actuel régime semi-présidentiel pour mieux faire accepter son projet. Aux yeux des adversaires du référendum, ce qu’il met en avant ne serait qu’un alibi, le parfait charme du serpent. Le président de la République, qu’il soit tout-puissant, ou qu’il soit comme la reine d’Angleterre se contentant d’inaugurer les chrysanthèmes, il n’en a cure. Le bail sans fin à la tête de l’Etat, voilà ce qui omnibule l’ex-colonel de l’armée nigérienne, qui a troqué aujourd’hui son treillis militaire contre des boubous, au point de rester sourd aux appels d’une bonne frange de son peuple.
Par Séni DABO
Le Pays