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Dans ces derniers retranchements, le colonel Tandja a opté pour l’artillerie lourde : congédier les députés, dont la majorité était hostile à son rêve de long règne. Ce n’est là que la première étape d’un passage en force vers l’accomplissement de son dessein. Certes, la constitution lui confère la prérogative de dissoudre l’Assemblée nationale. Mais, vu les circonstances dans lesquelles intervient cette dissolution, il ne s’agit là ni plus ni moins que d’un coup d’Etat constitutionnel.
Et c’est le pays du Ténéré qui bascule dans l’inconnu dans lequel tous les scénarios sont possibles. Surtout celui du coup d’Etat « salutaire », comme disent, pas toujours à tort, certains. En attendant la convocation du corps électoral pour le renouvellement du Parlement (dans les 45 jours au moins et 90 jours au plus après cette dissolution), à quelle autre manœuvre politique s’attendre de l’homme qui a maté la rébellion touareg en 1990 ?
Va-t-il éjecter, à leur tour, les juges constitutionnels, qui refusent de le suivre dans sa vile ambition ? En effet, saisie par une vingtaine de députés de l’Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle a émis, lundi 26 mai 2009, un avis défavorable à l’organisation d’un référendum sur un changement de constitution. La prolongation du mandat ? « Un acte qui ne serait pas conforme à la constitution », a tranché la Cour.
La soumission du projet présidentiel au référendum ? « L’article 49 exclut du domaine du référendum toute révision de la constitution », a dit la juridiction supérieure. Et si, malgré tout le président persiste et signe ? « Il ne saurait le faire sans violer son serment », a prévenu la gardienne de la constitution. En un mot comme en mille, ça coince à tous les niveaux pour les Tazarché, les partisans de la réforme constitutionnelle.
Tous ces tirs de barrage contre l’idée d’une rallonge du mandat présidentiel sont à mettre à l’honneur de la démocratie nigérienne, dont le dynamisme jure avec le suivisme servile dans lequel pataugent nombre de partis politiques et d’institutions dans bien de nations africaines.
Comme au Tchad d’Idriss Deby, au Gabon d’Oumar Bongo, au Burkina de Blaise Compaoré, en Tunisie de Ben Ali, au Cameroun de Paul Biya, … ? Voyez-vous, dans ces Etats, la Cour constitutionnelle ou un parti allié du pouvoir s’opposer au tripatouillage de la loi fondamentale ? La question mérite d’être posée, car dans un passé très lointain, dans les mêmes circonstances politiques que celles du Niger, la constitution a été allègrement élaguée de sa clause limitative du mandat présidentiel dans ces pays.
Par Alain Saint Robespierre
L’Observateur Paalga