• Troubles et instabilité au Mali, au Niger et en Mauritanie

    En dépit des efforts et des trésors de diplomatie déployés pour instaurer une stabilité durable au Sahel, l’Algérie continue de faire les frais des innombrables turbulences politiques et sécuritaires que connaissent ses voisins du sud. C’est le cas du Mali qui fait une nouvelle fois face à une résurgence de la rébellion touareg et de la Mauritanie dont la jeune démocratie est actuellement mise à mal par les militaires. Le Niger, connu pour avoir des gisements d’uranium considérables, suscite pour sa part les plus folles convoitises. Situation qui risque de précipiter ce pays dans le chaos. Un chaos qui n’irait pas sans maintenir la bande du Sahel dans un état de tension récurrent.
    Ibrahim Ag Bahanga rouvre les hostilités

    Ibrahim Ag Bahanga a finalement exécuté sa menace de reprendre les hostilités au nord du Mali. Alors qu'on croyait que la paix était rétablie entre les rebelles touareg et l'armée malienne, voilà que les hostilités ont repris de plus belle entre les deux parties dans la région de Nampala, située à 500 km au nord-ouest de Bamako. Le souhait de tous les pays de la région sahélienne de voir le nord du Mali renouer durablement avec la paix semble ainsi une nouvelle fois contrarié. Des combats ont, en effet, opposé samedi des rebelles touareg à l'armée malienne dans la matinée et ont fait samedi 9 morts et 12 blessés dans les rangs des militaires maliens et 11 morts et de nombreux blessés parmi les assaillants, selon des sources officielles maliennes. Une source au sein du groupe rebelle d'Ag Bahanga fait état, pour sa part, de « plus de 20 militaires tués ». Alors qu'une ONG étrangère a affirmé de son côté que « le chiffre fourni par les rebelles n'est peut-être pas faux, mais il faut retenir que les personnes tuées qu'ils évoquent sont des militaires mais aussi des civils ». Cette source parle d'au moins cinq civils maliens tués lors de ces combats. Tout a commencé lorsqu'un poste militaire malien à Nampala (500 km au nord-est de Bamako) a été attaqué par un groupe armé non identifié. Cette action meurtrière avait immédiatement été attribuée par des autorités sur place au groupe de rebelles touareg dirigés par Ibrahim Ag Bahanga, comme la plupart des actions qui ont mis à mal, depuis août 2007, l'accord de paix signé à Alger en 2006. Ce qui a été confirmé par une source proche d'Ag Bahanga, qui a déclaré à une agence de presse : « Lors de notre attaque, nous avons pris le dessus parce que nous nous sommes préparés. Il y a eu dans les rangs de l'armée plus de 20 morts. Nous le regrettons, mais c'était eux ou nous. De notre côté, nous avons des blessés. »

    Le ministère de la Défense malien a, quant à lui, évoque dans son communiqué des « assaillants » liés au trafic de drogue. « Le poste militaire de Nampala a été attaqué par une bande liée aux narcotrafiquants. Bilan : côté des forces armées et de sécurité 9 morts et 12 blessés ; côté des assaillants 11 morts et de nombreux blessés », a-t-il déclaré. Un responsable du ministère, interrogé par l'AFP, a affirmé que ce vocable était utilisé parce que les « assaillants » étaient venus à bord de véhicules formellement identifiés comme ceux appartenant à des trafiquants de « drogue ». Par ailleurs, une source indépendante dans la région a annoncé que des « civils » avaient trouvé la mort. « Je crois que c'est juste de dire qu'il y a au moins 20 militaires et civils tués par les assaillants », a déclaré cette source. « Les assaillants venus à bord d'une quinzaine de véhicules sont repartis sans avoir été arrêtés », a précisé une source administrative à Nampala, assurant qu'ils avaient pris des « otages ». « C'est d'abord avant tout une attaque surprise. Ils (les rebelles) avaient un avantage certain au début, avant que les soldats maliens ne ripostent », a estimé un conseiller municipal de la zone.

    « Personne ne pourra diviser le Mali »

    Ce qui est certain c'est que Ibrahim Ag Bahanga a été identifié comme étant le « cerveau » de cette opération qui intervient à moins d'une semaine après que le président malien, Amadou Toumani Touré, ait invité les groupes rebelles touaregs à « faire la paix ». « Je suis formé pour faire la guerre, mais je préfère la paix. J'invite mes frères qui sont dans les montagnes (rebelles) à venir faire la paix », avait-il dit lors d'un déplacement dans le Nord. Samedi, le président a appelé au « calme » et à « l'unité nationale », avant d'affirmer : « Personne ne pourra diviser le Mali. » Selon des observateurs, ces hostilités sont l'initiative de « faucons » au sein des groupes rebelles qui accusent le gouvernement de « traîner » dans l'application de l'accord d'Alger de 2006. Cet accord stipule que les Touareg ne doivent plus réclamer l'autonomie de leur région, tandis que Bamako doit accélérer le développement des régions du Nord. Mais Ag Bahanga, le plus radical des chefs de groupes rebelles, demande depuis fin août 2007 que l'armée allège son dispositif dans la zone de Tinzawaten, à la frontière avec l'Algérie. Enlèvements et attaques armées, attribuées pour la plupart au groupe de rebelles dirigé par Ibrahim Ag Bahanga ont depuis cette date mis à mal l'accord d'Alger. Le groupe de Bahanga avait notamment enlevé une cinquantaine de personnes, les dernières ayant été libérées début mars après une intrusion inattendu de Tripoli dans le dossier malien. Le chef rebelle se plaint régulièrement du redéploiement progressif de l'armée malienne dans l'extrême nord du Mali, zone carrefour de nombreux trafics situés à plus de 2000 km au nord de Bamako. Le dernier accord établi sur l'arrêt des hostilités dans le nord du Mali entre les représentants du gouvernement malien et ceux de l'Alliance démocratique du 23 mai pour le changement, représentant les principaux groupes rebelles touareg, remonte à juillet dernier à Alger. Mais ce jour-là, le groupe dirigé par Ibrahim Ag Bahanga n'était pas présent.

    Ag Bahanga, qui affichait à cette époque son désaccord, se serait retiré en Libye d'où il avait menacé justement de reprendre ses hostilités. Et le fait que les autorités maliennes n'aient pas répondu favorablement à sa demande qui les invitait à venir renégocier avec lui en Libye, Ibrahim Ag Bahanga, qui tenait en otage quatre officiers, avait menacé de reprendre les hostilités. Depuis ce pays, Ag Bahanga avait aussi imposé aux autorités maliennes de négocier, sous la médiation libyenne, le sort des quatre officiers de l'armée qu'il garde d'ailleurs jusqu'à ce jour. Cette prise de position du chef de l'ATNMC, à ne pas en douter, serait appuyée par la diplomatie libyenne qui, dit-on, cherche à élargir sa profondeur stratégique au Sahel. La Libye avait certes joué un rôle-clé dans la libération en mars 2007 de 22 parmi les otages détenus par un groupe de rebelles touaregs, des militaires qui avaient été enlevés fin août 2007 dans le nord-est du pays, comme signe de bonne volonté pour rétablir la paix. A signaler que la dernière libération d'otages en date a eu lieu au début de septembre dernier lorsque le groupe du chef rebelle touareg, Ibrahim Ag Bahanga, avait remis en liberté quarante-quatre militaires maliens. Si cette libération a été perçue comme une avancée certaine vers la paix, des points d'ombre demeurent toujours, notamment en ce qui concerne la volte-face du chef rebelle pendant que les négociations se déroulaient à Alger. Une volte-face qui commence aujourd'hui à être un peu plus visible et qui risque peut-être d'être encore porteuse de grandes incertitudes.


    Par Rabah Beldjenna

    ElWatan

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