• Tandja desserre le poing

    Est-on enfin sur la voie d’un règlement du conflit touareg au Niger ? Les protagonistes de cette crise qui a replongé depuis quelques années le pays dans l’insécurité, semblent, en tout cas, enfin disposés à négocier. Les pourparlers en cours sous l’égide de la Libye sont un tournant dans cette crise précédemment marquée par un dialogue de sourds. En fait de blocage, il faut plutôt parler de non-reconnaissnce par le président Mamadou Tandja de la dimension politique du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), le principal groupe armé touareg qui sévit dans le nord du pays. 

    Cette position intransigeante des autorités de Niamey, consistant à diaboliser les rebelles qui, dans le discours officiel, étaient traités de "bandits armés", a été contre-productive. Elle n’a jamais permis d’éradiquer le MNJ, en dépit des attaques de l’armée régulière et des scissions intervenues au sein du mouvement. Mais depuis quelque temps, des signes d’un possible changement de stratégie du président Tandja étaient perceptibles. 


    La décrispation est venue du MNJ qui a procédé régulièrement à la libération de soldats et de civils précédemment entre ses mains. La Libye avait déjà commencé, discrètement, à jouer une rôle important à cette étape d’un processus qui s’exprime ouvertement aujourd’hui. A ces manifestations de bonne volonté de la rébellion, sont venues se greffer les exhortations de différentes couches sociales, pour l’instauration d’un dialogue. Ainsi, la société civile, l’opposition et des dignitaires touaregs plaidaient tous pour l’ouverture de négociations. La position du président Tandja était décidément devenue intenable. A trop s’arc-bouter sur des principes peu réalistes, il courait, à la longue, le risque d’apparaître comme le principal responsable de la persistance de la crise. D’autant que chez le voisin malien, un accord a été trouvé grâce à une méthode qui associait la fermeté au dialogue. 


    Mais, outre cette image à préserver, le pouvoir nigérien a sans doute constaté qu’il ne pouvait se permettre d’avoir affaire à plusieurs fronts à la fois, dont Al Qaida au Maghreb islamique qui a fait une irruption spectaculaire dans la scène nigérienne. C’est un ennemi autrement plus redoutable, qui a fait la preuve, avec les enlèvements d’Occidentaux restés introuvables, de sa capacité à frapper partout sur le sol nigérien. Avec un climat sécuritaire devenu encore plus incertain, le Niger pouvait-il sereinement mettre en valeur ses potentialités minières et minérales ? Pas si certain. La politique intérieure nigérienne, marquée par les velléités du président de prolonger son mandat, ne pouvait non plus souffrir de cette épine touarègue que traîne le pays. Il fallait, pour Tandja, le jour venu, se présenter devant les Nigériens en homme de paix. Car la stature de bâtisseur, Tandja estime l’avoir déjà acquise, ce qu’il brandit du reste comme justificatif pour rester encore quelques années au pouvoir pour achever ses chantiers. 


    Un argument qui, soit dit en passant, passe mal au sein d’une partie de l’opinion. Mais en ramenant définitivement la paix d’ici là, le chef de l’Etat nigérien peut faire avaler plus aisément la couleuvre à ses détracteurs. Au-delà de tous les calculs politiciens qui peuvent sous-tendre la nouvelle attitude du président nigérien face à la rébellion, il a le mérite d’avoir desserré le poing - pour emprunter une expression chère à Barack Obama - et d’avoir rangé son discours guerrier, en opérant un virage à 180 degrés. L’essentiel est que le Niger sorte définitivement de cette situation de ni paix ni guerre. En agissant de la sorte, le gouvernement inverse du même coup les rôles. Désormais, on ne pourra plus l’accuser d’avoir une position figée. Bien sûr, on ne peut que déplorer le temps mis avant d’en arriver au dialogue. Un règlement plus rapide du conflit aurait permis de faire l’économie de tous ces morts, blessés et déplacés. Mais chaque chose en son temps. Après le temps des armes, voici venu peut-être celui de la paix. La pression est à présent du côté des groupes rebelles. Ces négociations vont permettre enfin de tester réellement leur bonne foi, eux qui ont toujours clamé leur attachement à la paix. En cas d’échec, ils risquent d’en porter les conséquences, et de donner carte blanche au gouvernement pour engager des actions militaires qui deviendraient alors à la fois indispensables et un pis-aller. 


    "Le Pays" 
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