• Pollution à Arlit

    Pollution à Arlit

    Qualité des eaux et morbidité dans les
    villes minières du nord-Niger

    Les sociétés minières sont connues pour le peu d’enthousiasme qu’elles mettent à se préoccuper d’environnement et de qualité de vie. Leur politique est simple : exploiter le gisement fossile au moindre coût et souvent au détriment des populations autochtones (dans le nord-Niger ce sont des éleveurs de bovins, camelins, ovins… qui représentent la deuxième économie du pays).
    En Afrique la presque totalité des exploitants miniers sont d’origine occidentale. Ils ne subissent pas comme en Europe la pression des associations locales ou régionales qui, agissant comme des gardiens de la qualité de vie, mettent en place des observatoires indépendants et exigent la transparence. Au Niger, la situation est différente et cela permet aux sociétés minières d’agir en toute impunité en effectuant des prédations sur le milieu aussi bien humain que naturel : délitage du milieu socio-économique, pollution environnementale, augmentation de la morbidité…

    Dans le Nord Niger, en pays touareg, les éleveurs nomades (l’élevage représente 11% PIB nigérien) sont priés de déguerpir pour laisser la place aux miniers qui s’intéressent au pactole uranifère. L’uranium renaît de ses cendres avec le boom boursier de 2006. L’action remonte en flèche mais la satisfaction globale n’est pas au rendez vous. Des dizaines de milliers de réfugiés économiques viennent grossir les boukokis (bidonvilles) des villes minières, vivant de leurs déchets. L’eau distribuée par les compagnies minières n’est pas potable et l’état épidémiologique déplorable.

    Pourtant, l’uranium au Niger ne représente que 1,8% de PIB : soit une productivité six fois moindre que celle de l’éleva- ge. Malgré cela, l’Etat du Niger vise de passer de 3ème à 1er fournisseur de la planète et distribue des concessions à vau-l’eau au détriment des populations locales actuelles et surtout à venir.
    Ce problème social est en train de devenir un cauchemar pour les populations avec la nouvelle « ruée vers l’uranium » au Niger.

    Au niveau sanitaire, les compagnies sont incapables de démontrer l’innocuité des eaux de distribution. Mais en 2003, 2004 et 2005 des enquêtes menées par le CRIIRAD et l’ONG SHERPA ont prouvé l’existence d’une importante pollution radioactive. En zone urbaine par exemple, l’eau dépasse 10 fois la norme admise de 0,1 mSievert/an pour les eaux de boisson.

    D’autre part, les aquifères sous-jacents ne sont pas protégés des pollutions générées par les activités de surface et :

    - les phosphates issus des détergents polluent la nappe des grès d’Izegouandane
    - plus de la moitié des réserves en eau des nappes du Tarat et d’Izegouandane est hors norme quant aux nitrates. L’origine de la pollution doit être démontrée, car on soupçonne fortement les explosifs nitrés utilisés en tir de mine. Cette même situation se répète à Tchirozérine, une autre ville minière.

     

    - sur le forage Arlit-248B les teneurs en Fluor (4,8 mg/l) sont plus que triplés.
    - sur Arlit-424, la radioactivité du Radon 222* qui est un émetteur de rayon, s'élève2 à 50,5 Bq/l. Avec un tel bilan, on est surpris d'apprendre que la Cominak d'Akokan a obtenu, pour la deuxième fois consécutive en 2006, la certification ISO 14001 pour bonne gestion environnementale. Quelques jours avant l'audit, l'usine continuait de brûler des déchets et des stocks de pneus au sud-ouest de son emplacement, au détriment des villes d'Akokan et Arlit sur lesquelles retombaient les particules de carbone et… on ne sait quoi d'autres ? Mais les malversations ne s'arrêtent pas là.

    Les compagnies minières fournissent aux maraîchers de la région une eau non conforme aux normes d’irrigation. Cette eau provient des lagunes d’épuration des eaux usées qui n’ont jamais été contrôlées depuis 20 ans. Elle est biologiquement et chimiquement fortement polluée** :

    - Les teneurs en Coliformes fécaux dépassent 1000 fois celles requises par l’OMS.
    - les agents de la parasitose intestinale ne sont pas diagnostiqués.
    - La présence de Salmonella typhi (l’agent de la typhoïde) est très préoccupante

    Pourtant cette situation est connue depuis longtemps des services publics et des sociétés exploitantes. En 1990, le Ministère de la Santé déclencha une alerte sanitaire pour juguler une importante épidémie de typhoïde. Malgré cela, tous les ans en avril, les autorités sanitaires enregistrent toujours un fort pic de contamination.

    Les rapports annuels de la Direction Départementale de la Santé*** d’Agadez montrent que l’ensemble des villes minières du Nord-Niger présente des taux de morbidités élevés,

    Alors, devant de tels faits avérés, pourquoi la situation continue t’elle de se dégrader ?

    Par mesure d’économie, les sociétés minières refusent d’assurer leurs obligations vis-à-vis des peuples autochtones et de l’environnement. Ceci ne peut se faire sans le silence des autorités politiques nigériennes, la neutralité de la France et l’aveuglement de l’Union européenne qui investit dans le secteur minier du Niger au travers du projet SYSMIN.

     
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    * Andrews, J. N., et al., 1994 - The evolution of alkaline groundwaters in the Continental Intercalaire aquifer of the Irhazer plain, Niger.
    Water Ressouces Research, vol. 30, n°1, pp. 45-61,

    ** ALANET GLOBAL-CCM/CG, 2006 – Etude d’impact environnemental, pour la mise en conformité des installation de traitement des eaux usées des villes d’Akokan et d’Arlit, DCE-République du Niger/MEF, 38 p.

    *** SNIS : Système national d’information sanitaire du Niger.
    Source: sahara-sahel
    « Science sans conscience et sous-developpementMise au jour du plus grand cimetière de l'âge de pierre au Sahara »
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