• Niger : Trêve de « Tandjânneries »

    A la tête d’un groupe de jeunes officiers, le chef d’escadron Salou Djibo a mis fin, jeudi 18 février dernier, à la carrière de dictateur qu’avait entamé Mamadou Tanja, pourtant démocratiquement élu en 1999 et réélu en 2004, et qui avait opéré un coup d’état constitutionnel en août 2009 pour prolonger son mandat arrivé à expiration le 22 décembre 2009. Le renversement de ce gâteux colonel de 71 est d’autant plus salutaire qu’il était la seule solution pour mettre un terme à l’illégalité de son régime.

    Il ne s’agit donc pas d’un coup d’état classique contre un gouvernement légal et légitime, mais d’une action visant à arrêter la dérive dictatoriale d’un homme manifestement emporté par l’ivresse du pouvoir. Mamadou Tandja n’a offert qu’une seule alternative à ceux qui s’opposaient à son funeste projet : la prise du pouvoir par la force !

    Après avoir condamné du bout des lèvres l’avènement du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD), suspendu le Niger de ses instances, l’Union africaine n’a t-elle pas demandé dans le même temps « un retour dans les plus brefs délais à l’ordre constitutionnel d’avant août 2009 ? » Autrement dit, à la loi fondamentale contre laquelle Mamadou Tandja a commis une forfaiture ?

    Comme au Togo en 2005, au Kenya en décembre 2007 et au Zimbabwé en mars 2008, l’attitude pour le moins ambigüe de l’UA sur ce qui vient de se passer au Niger contribue à saper un peu plus sa fragile crédibilité aux yeux des Africains. Pourquoi l’instance continentale ne s’était-elle pas alignée sur la position ferme de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) contre le pouvoir de Niamey ? Cette indulgence de l’Union africaine vis à vis des fossoyeurs de la démocratie, et le soutien implicite du gouvernement français à l’ex numéro un nigérien, soucieux de ne pas perdre l’exploitation de l’uranium, expliquent en partie l’arrogance avec laquelle il traitait les leaders de l’opposition et les médiateurs de la CEDEAO.

    En 2008, à ceux qui le suspectaient déjà de vouloir s’éterniser au pouvoir, il déclarait : « Je me retire en décembre 2009, je prends ma retraite. Je suis un militaire, un homme d’honneur, j’ai le respect de mes engagements. Jamais, il ne me viendrait à l’idée de chercher à modifier la constitution pour tenter de me maintenir au pouvoir ». Il avait même révélé être intervenu auprès du président nigérian pour le dissuader de réviser la constitution pour briguer un troisième mandat. Que l’homme du tazartché se dédise quelques mois plus tard n’a rien d’extraordinaire sur un continent où peu de dirigeants politiques ont le sens de l’honneur et se soucient comme d’une guigne de la parole donnée. Mais la condamnation de l’action des militaires patriotes nigériens, même du bout des lèvres, par les gardiens de la Chatre de l’Union africaine et de dirigeants de pays occidentaux, n’est ni plus ni moins qu’un encouragement aux tripatouillages constitutionnels et un hymne à l’illégalité.

    S’il faut retenir une leçon de la chute de Mamadou Tandja, c’est qu’il n’est jamais vain de lutter pour défendre le droit contre l’arbitraire, la démocratie contre la dictature, le respect des institutions contre la confiscation du pouvoir par un clan ou la volonté de puissance d’un individu. Malgré la répression qui s’est abattue sur les leaders de l’opposition, de la société civile et des journalistes, la mobilisation des Nigériens pour défendre la démocratie et les libertés publiques ne s’est pas émoussée. On est tenté de paraphraser le défunt cardinal Paul Zoungrana commentant le coup d’état de Saye Zerbo au Burkina le 25 novembre 1980 contre Sangoulé Lamizana : le coup de force du 18 février au Niger est une grâce de Dieu ! Hier, tout puissant, Mamadou Tandja aura tout le loisir de méditer, en prison, cet enseignement biblique : « L’arrogance précède la ruine, et l’orgueil précède la chute ! »

    Joachim Vokouma,
    Le faso.net

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