• NIGER : TANDJA OU LA CHRONIQUE D’UNE INÉVITABLE DESCENTE AUX ENFERS

    Clés de lecture d’une révolution de palais attisée par le désormais ex-président. Il faut saluer le sens de la prospective dujournal Jeune Afrique qui avait, depuis plusieurs semaines, évoqué l’idée d’un choc, sinon d’une possible rupture entre l’armée nigérienne et le désormais ex-président Mamadou Tandja. En effet, dans son numéro 2551, le journal Jeune Afriquetitrait « Tandja face à l’armée ». Le journal révélait l’existence de tracts qui circulaient dans les casernes à Niamey dont l’un, significatif, faisait remarquer « qu’après le 22 décembre, date initiale de la fin de son mandat, le président Tandja ne sera plus légitime…Selon ce texte, c’est justement parce que l’armée nigérienne est républicaine qu’elle ne peut reconnaître la légalité du pouvoir actuel au-delà du 22 décembre… ». Signe évident d’une rupture au sein de l’armée au moment même où le chef d’Etat major le général Momouni Moureïma mettait les soldats en garde « contre toute tentative de remise en cause des institutions de la République ».

    Mamadou Tandja, après avoir dynamité les principales institutions de l’Etat, pour assouvir sa soif égoïste et personnelle de conserver illégalement le pouvoir, a tenté d’amadouer l’armée. Mais là encore, Jeune Afrique, lucidement, offrait un indicateur de taille pour expliquer que la mayonnaise avait du mal à prendre. « Au référendum du mois d’août comme aux législatives d’octobre, au-delà des chiffres officiels, tout indique que les militaires – qui votaient un jour avant les civils – se sont abstenus aussi massivement que les autres Nigériens ». Citant le Front de Défense de la Démocratie, le journal révélait que « seuls 10 % des militaires de Tahoua se sont rendus aux urnes ». Un vrai décor.

    Il y avait certes une crise politique qui a éclaté depuis que Tandja a vacillé dans l’ivresse du pouvoir. En modifiant illégalement la constitution pour rester (et mourir ?) au pouvoir. Face à l’opposition des institutions légales et courageuses, (elles ont fait preuve d’un sens républicain et légaliste remarquables, en refusant de se prêter au jeu diabolique du président), celui-ci n’a pas trouvé moins que de démolir les édifices institutionnelles et démocratiques de son pays. Faisant la sourde oreille aux critiques de l’opposition, de la société civile, de l’opinion internationale qui l’ont isolé. Il a dissous le parlement et le conseil constitutionnel. Usant de sa puissance. Dommage pour lui, il sortira de l’histoire par un trou de souris. L’armée a décidé de mettre un terme à cette folie du pouvoir qui a coûté au pays, isolement diplomatique et instabilité politique.

    Quoiqu’il en soit, il sera difficile, quelque soit les forces souterraines qui ont soutenu le coup d’Etat, de ne pas s’en féliciter. Mamadou Tandja a pêché par égoïsme, par orgueil. Il s’est pratiquement mis à dos toute l’opinion nationale et internationale. Il a voulu s’accrocher au pouvoir, envers et contre tous. Une attitude qui accrédite finalement la thèse de ceux qui comme moi pensent qu’il y a des bons coups d’Etat. Oui, je l’ai écrit dans mon blog le 8 Avril 2009 : « Lorsque l'horizon est bouché, lorsque l'alternance est interdite, lorsque la commission électorale ne fait pas consensus, lorsque le régime en place ne pense qu'à se perpétuer, même au prix du sang du peuple, lorsque toute critique est bannie, lorsque les contrepouvoirs sont annihilés, lorsque le peuple n'a plus confiance dans le processus électoral, lorsqu'un dictateur ne veut pas organiser une alternance pacifique, lorsque la constitution d'un pays est chiffonnée et soumise aux humeurs d'un tyran assoiffé du pouvoir, lorsque l'expression du peuple est superbement ignorée, lorsqu'un dictateur n'écoute que la voix de ses aspirations personnelles et jouissives, il faut lui tenir un discours énergique. CELUI DE LA VIOLENCE.

    Quand il n'y a plus d'option alternative possible, l'armée doit prendre ses responsabilités. Balayer dans la cour politique pour débarrasser le peuple de celui ou de ceux qui veulent suspendre le destin d'un pays, aux instincts souvent diaboliques des zombies politiques qui ne survivent qu'en se nourrissant de la misère de leurs peuples. En somme, il faut soutenir les militaires qui, comme Jerry Rawlings au Ghana ou Amadou Toumani Touré au Mali, sont inspirés par des idéaux de démocratie et de bonne gouvernance ».
    Camer.be 

    Aujourd’hui, c’est sûr, beaucoup d’africains se sentiront soulagés du départ de ce président qui a contribué à ternir l’image du continent. Avec raison, car au fond, personne n’est indispensable.  Tandja aurait quitté le fauteuil présidentiel en Décembre qu’il serait un exemple. Il a choisi de s’accrocher de toutes ses forces. L’armée a rompu les lianes. La chute est forcément douloureuse. Mais ces militaires doivent aussi tirer les leçons de l’histoire. Ils doivent éviter de s’accrocher. Parce que ça peut mal finir.Mais, il ne faut pas être dupe. Il est probable qu’une puissance - ou que des puissances -étrangères aient manœuvré en faveur de sa chute. Le Niger est trop important pour le laisser sombrer pendant si longtemps dans une crise politique. C’est le troisième producteur mondial d’uranium. Nécessaire à l’industrie nucléaire. Il attise donc des convoitises. Mamadou Tandja a-t-il voulu utiliser l’argument de l’uranium pour faire du chantage aux occidentaux et particulièrement à la France ? Peut-être. En tout cas, si l’on se réfère à la rubrique « CONFIDENTIEL » du très sérieux Jeune Afrique, dans son numéro 2559, même le président français Nicolas Sarkozy, s’inquiétait du virage opéré par Tandja, quelques mois après la signature des accords avec le puissant groupe français Areva. Sarkozy « a reçu récemment un rapport faisant état de la volonté du président nigérien, Mamadou Tandja, que l’on sait diplomatiquement isolé, de nouer des liens privilégiés avec l’Iran, la Chine et la Libye. Un voyage de Tandja à Téhéran est à l’étude. Son éventuelle concrétisation, au vu des intérêts d’Areva dans l’uranium du Niger, préoccupe beaucoup Paris ». Il est vrai, les relations entre la multinationale française et le régime de Tanja n’ont pas toujours été au beau fixe. Au contraire. Le pouvoir de Niamey a même souvent accusé le groupe français de financer la rébellion du MNJ. Le journal La Hache nouvelle, avait même publié des documents bancaires – vrais ou faux ? – tendant à prouver que Areva a viré sur le compte d’un commandant de peloton des forces nigériennes dans le Nord (qui allait rejoindre le MNJ quelques semaines plus tard), une somme de 57 330 702 FCFA (environ 80 000 euros). Rappelons aussi que le gouvernement nigérien a expulsé deux responsables de la compagnie française : Gérard Denamur, responsable chargé de la sécurité à Imouraren, et Dominique Pin, directeur général d’Areva Niger. A méditer. Mais, comment Mamadou Tandja a-t-il seulement songé à pactiser avec les autorités de Téhéran qui subissent les assauts diplomatiques de l’Occident et des Etats-Unis depuis plusieurs années à propos justement de l’enrichissement de l’uranium ?
     

    « Le Conseil supérieur pour la restauration de la démocratie explique les raisons du coup d’EtatLa junte nigérienne lève le couvre-feu et rouvre les frontières »
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