• Niger : suicidaire fuite en avant

    Son Premier ministre l’incommodait, il l’a jeté en prison, pour un motif dérisoire. La durée légale de son mandat lui a subitement paru insuffisante, il s’est mis en tête de la prolonger, envers et contre tout. Mais la Constitution de son pays ne permet pas une telle manœuvre, alors, il a choisi de la jeter à la corbeille. Et lorsque la Cour constitutionnelle désavoue sa démarche, il dissout tout simplement l’Assemblée nationale, avant que celle-ci ne songe à le mettre en accusation.

    Vous l’avez compris, nous sommes au Niger, où le président Mamadou Tanja a résolument choisi la fuite en avant, pour neutraliser les institutions et les hommes qui osent contrarier ses projets peu démocratiques. A présent, c’est la stabilité politique même du Niger qui est menacée par l’entêtement d’un chef d’Etat qui, dans son obstination suicidaire, n’écoute plus que les courtisans. Et si cet homme avait besoin d’être aidé, ne serait-ce que pour éviter le pire au Niger ?

    Mais où est donc passée l’Afrique des chefs d’Etat, alors que se noue, sous nos yeux, ce qui a tout l’air d’un drame politique majeur ? Absente ! Mais nous savons pouvoir compter sur l’Union africaine pour venir déclamer ses grands principes, lorsque le pire sera survenu. Médecin après la mort, oserait-on dire.

    De solution radicale en solution radicale…

    A l’évidence, le président Tanja n’a rien retenu des leçons de l’histoire récente de son pays, une des jeunes démocraties nées des conférences nationales, au début de la dernière décennie. Les tensions entre le président Mahamane Ousmane et Mahamadou Issoufou, son Premier ministre d’alors, ont débouché sur une dissolution de l’Assemblée nationale. Solution radicale !

    Les législatives anticipées qui ont suivi ont entraîné une cohabitation paralysante. Et les querelles infantiles entre le président Ousmane et son Premier ministre, Hama Amadou, ont servi de prétexte, en janvier 1996, au coup d’Etat du colonel Ibrahim Baré Maïnassara. Encore une solution radicale !

    Baré Maïnassara sera abattu (dans le dos), le 9 avril 1999, alors qu’il s’apprêtait à régulariser, par des élections, sa situation. Solution radicale, que la classe politique, Mamadou Tanja y compris, avait alors fait semblant de trouver normale, au nom de la démocratie que l’on démantèle aujourd’hui.

    On aurait tant aimé voir s’élever, à ce moment précis que traverse le Niger aujourd’hui, une voix africaine, suffisamment respectable, pour dire à Mamadou Tanja : « Monsieur le président, votre peuple mérite mieux que le spectacle que vous offrez ! Aucun homme politique, quels que soient ses états de service, n’a le droit de monopoliser ainsi le destin de son peuple, au point de le priver du droit d’essayer autre chose. »

    Jean-Baptiste Placca
    MFI

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