• NIGER : Plus légaliste que Tandja, tu meurs!

    On boit le sang de Mamadou Tandja pour rien. Il est légaliste jusqu’au bout des ongles, et il s’en tiendra à son serment de début de mandat : respecter et faire respecter la Constitution nigérienne, dont il est le garant. Pourquoi donc le suspecter sérieusement de vouloir tripatouiller la loi fondamentale pour jouer les prolongations, juste trois petites années supplémentaires, le temps de "terminer ses nombreux chantiers" ?

    Après tout, l’architecte suprême du pays de Kountché ne vient-il pas d’inaugurer en grande pompe la mine d’uranium d’Imouraren sous les yeux attendris de la douce et généreuse France et de l’un des fleurons de son économie qu’est AREVA ? Promis, juré donc, le colonel, qui sait être obstiné et même buté, ne touchera pas à la Constitution, que ce soit par voie parlementaire ou référendaire. Les constituants nigériens ont d’ailleurs si bien barricadé leur texte qu’il est inviolable. En effet, pour être d’abord pris en considération, une proposition ou un projet de loi d’une révision constitutionnelle, aux termes de l’article 135 de la Constitution du 18 juillet 1999, doit être votée par les 3/4 des députés, mais son adoption requiert les 4/5 de l’Assemblée. Le cas échéant, on recourt au référendum.

    Or, au vu de la configuration actuelle du Parlement, les modificateurs ne peuvent pas, mathématiquement, rallier les suffrages de 90 élus, puisque le MNSD (le parti de Tandja) dispose de 48 sièges, auxquels s’ajoutent les 22 de la CDS, la formation de Mahamane Ousmane, son allié occupant le perchoir. Le PNDS de Issoufou Mahamadou , ancien Premier ministre, a, quant à lui, 25 députés, les 18 autres étant répartis entre l’ANDP d’Adamou Moumouni Djermakoye (président de la Haute Cour de justice) et le RDP (l’ancien parti de feu Ibrahima Baré Maïnassara).

    Mais si cet obstacle arithmétique venait, malgré tout, à être levé, l’article 136 ferait pièce aux noirs desseins des tripatouilleurs, puisqu’il dit que "...la forme républicaine de l’Etat, le multipartisme, le principe de la séparation de l’Etat et de la religion et les dispositions des articles 36 (NDLR : sur la limitation du mandat présidentiel) et 141 ne peuvent faire l’objet d’aucune révision". Pas question donc pour Tandja, avec un tel verrouillage, de passer en force comme on l’en accuse injustement. Il fera mieux ou pire, c’est selon. Comme la Constitution de la Ve République du Gondwana (1), pardon du Niger, n’est pas malléable ou ne veut pas se laisser faire, il changera de République, et donc de Constitution. Il fallait y penser, c’est simple comme bonjour. Les verrous constitutionnels et autres obstacles référendaires ? Oubliés !

    Il y aura ainsi, par un tour de passe-passe politico-juridique, une nouvelle République banania et une nouvelle Constitution taillées sur mesure pour Tandja et qui seront adoptées par le peuple souverain, d’avance acquis et conquis, puisqu’il a déjà témoigné son adhésion et son affection par des marches, meetings et déclarations tonitruantes. Et quoi donc ! Vous vous plaignez ? La démocratie n’est-elle pas le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple ?

    Puisque donc l’opposition, les droits-de-l’hommistes et tous ces râleurs professionnels qui ont battu le pavé ce week-end ne veulent pas accorder à l’indispensable de Niamey le bonus présidentiel dont il a tant besoin pour faire leur bonheur, ce bonheur, il le fera malgré eux. Il remettra carrément son compteur à zéro et ce n’est plus trois ans mais cinq qu’il prendra, puis cinq autres. C’est le peuple qui le veut.

    cocté cette petite surprise du chef. En matière de forfaiture, c’est un modèle du genre dont gagneraient à s’inspirer les tripatouilleurs de tous les pays. Pourquoi, en effet, s’obstiner à faire un lifting au forceps à sa femme parce que sa tronche ne vous revient plus quand on peut prendre une nouvelle épouse ? Tandja l’a si bien compris qu’il veut être à la hauteur de ses péchés.

    Ça, c’est du grand art qui, paraît-il, pourrait (re)faire école au Burkina quand, à l’horizon 2015, Blaise Compaoré ne pourra plus se présenter à l’issue de son ultime mandat. Sauf qu’ici, le locataire du palais de Kosyam l’a déjà fait une fois avant de battre en retraite à la faveur de l’affaire Norbert Zongo. Alors si demain il veut remettre le couvert parce que le calme est revenu, c’est que, décidément, l’Histoire nous apprend que l’Homme n’apprend pas de l’Histoire.

    L’erreur est humaine, dit-on, mais y persister est diabolique. Espérons donc que l’enfant terrible de Ziniaré, quand bien même il aurait, comme nombre de ses pairs, le culte de l’indispensabilité, n’osera pas essayer une nouvelle fois cette aventure suicidaire et que, nonobstant le chant des sirènes, il sera visité par l’intelligence et la sagesse pour résister à toute tentation et répudier toute idée de nouveau tripatouillage. Autrement, c’est à désespérer de lui et des Burkinabè.

    Ousséni Ilboudo

    Source: l'Observateur.bf
     

    Notes :

    (1) République très très démocratique du Gondwana : pays imaginaire où règne un "Ubu roi" dans "La chronique de Mamane" sur Radio France international

    (2) Agrégé de droit à 24 ans, le "juriste mercenaire", comme certains l’ont surnommé, a été doyen de la fac de droit d’Aix-en-Provence avant de se mettre au service de Gnassingbé Eyadéma. A la mort de ce dernier, c’est lui qui a imaginé l’habillage légal de la succession dynastique de Faure.

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