• Niger: nouvelle lueur d’espoir pour le Nord

    Vérité, justice, équité et réconciliation : les clés de l’unité et de la cohésion nationales, donc d’une vie politique apaisée.
    Le Niger vient de connaitre un nouvel épisode de sa laborieuse marche vers une vie institutionnelle à même de lui garantir une stabilité durable nécessaire à son développement économique.
    La junte qui a pris le pouvoir à Niamey commence à donner des signes d’une réelle volonté de faire évoluer les choses vers un règlement définitif de la question du Nord.
    La mise en place d’un organe doté d’attributions transversales pour travailler à la consolidation de la cohésion nationale et la perspective de la création d’une commission « Vérité, justice et réconciliation » sont des initiatives qu’il faut saluer, car elles apportent du nouveau dans l’approche de cette question latente depuis des décennies.

    Il s’agit là de la reconnaissance par le pouvoir en place d’une question qui menace la cohésion nationale et dont les racines sont à rechercher dans la gestion qui a été faite des affaires du pays pendant des années.

    En effet, depuis l’Indépendance, le système politique qui a pris en main la destinée du Niger n’a, à l’évidence, pas été en mesure de construire un ensemble national cohérent et d’organiser dans la transparence et l’intérêt national la coexistence entre des communautés qui ont pourtant toujours cohabité, avant même la création de l’État sous sa forme postcoloniale.

    La Conférence nationale du début des années 90 fut une belle occasion de refonder le pays sur des bases authentiquement nigériennes, c’est-à-dire issues de la volonté commune de nos communautés à construire un État capable de leur assurer un développement harmonieux en respectant leurs spécificités. Malheureusement, les élites politiques de l’époque, encore incapables de s’affranchir des méthodes et des schémas de leurs prédécesseurs, n’ont pas pu ou voulu proposer une restructuration du système à la lumière des expériences vécues au Niger et ailleurs. La facilité du statu quo l’a emporté, et la Conférence nationale fut un échec sur ce plan. De plus, les leaders issus de cette conférence nationale n’ont pas innové dans la pratique politique et ont perpétué les mêmes erreurs d’analyse et de gestion que ceux qui avaient été formés à l’école coloniale.

    Bien que le processus démocratique, né avec cette Conférence nationale, ait permis l’émergence d’une multiplicité d’acteurs politiques, il n’a pas forcément donné de résultats probants en matière de pluralisme d’idées et encore moins de projets de société. La plupart des partis politiques nés de cette ouverture « démocratique » ont dupliqué les mêmes méthodes et perpétué le même esprit clientéliste que l’ancien parti unique. La politique n’a été hélas qu’un moyen d’accéder aux marchés publics pour les uns ou à des postes lucratifs pour les autres.

    La question touarègue a été cependant clairement débattue lors de cette Conférence nationale suite aux massacres de Tchin-Tabaraden, mais aucune réponse n’a été apportée aux causes qui avaient amené une partie de la jeunesse touarègue à s’exiler en Libye, Syrie, Liban… dès les années 70. La naissance des premières organisations politico-militaires devenait du même coup inévitable en raison du sentiment d’injustice partagé par l’ensemble de la communauté touarègue au-delà de la population de l’Azawagh.

    Il est très regrettable que des jeunes Nigériens trouvent encore illégitimes les revendications du Mouvement touareg. Il faudrait que ces jeunes hommes et ces jeunes femmes prennent conscience que la terrible marginalisation dont a souffert la communauté touarègue depuis la création du Niger, cette stigmatisation basée sur l’appartenance supposée à cette communauté, a sévi durant toutes les années 70-80, aussi bien dans la rue ou en brousse que dans l’administration nigérienne. Que des contrôles d’identité au faciès ont été régulièrement pratiqués comme si certains faciès pouvaient être plus « nigériens » que d’autres, au risque même de voir des non-Nigériens beaucoup plus libres de circuler sur le territoire national que certains compatriotes. Que des ressortissants de pays voisins pouvaient plus facilement accéder à des emplois dans les sociétés minières du nord du Niger que les natifs de ces mêmes régions…

    Malgré cela, les Touaregs n’ont pas pris les armes contre leur pays : le Niger, et encore moins contre telle ou telle autre communauté nationale. C’est un système qu’ils interpellent toujours et toujours, un système qui a montré ses limites dans son incapacité à se remettre en question et à mener le pays sur la voie du développement. La classe politique n’a manifestement pas été capable d’imaginer et de proposer au pays une approche permettant de mettre un terme à ce climat de tension qui n’a jamais réellement disparu, malgré les accords de 1995 et les différents arrangements formels et informels qui ont suivi.

    Pourtant, très vite, la France et l’Algérie ont pris le dossier en main et ont poussé les protagonistes à la signature d’accords de paix censés mettre fin à « l’insécurité dans la zone », mais la manière dont ces accords ont été préparés et signés montrait clairement la faiblesse politique du Mouvement touareg, qui s’est ainsi laissé enfermer dans une logique sécuritaire faisant de l’intégration des combattants une fin en soi et hélas son seul acquis tangible. Il est apparu à l’époque que ni l’Algérie ni la France ne souhaitaient que soit traitée la dimension politique de la question touarègue. On retrouve le même schéma au Mali voisin, où la question avait pourtant pris une dimension encore plus dramatique, avec le massacre de plusieurs milliers de civils touaregs par l’Armée nationale et ses milices parallèles.

    Le traitement politique de cette première « rébellion » au Niger contenait déjà les germes de celles qui allaient inévitablement suivre. Il explique également les actions sporadiques enregistrées dans le nord du pays depuis 1995. Bien plus que par le passé, cette question se pose dans un contexte international caractérisé par un intérêt grandissant des puissances internationales et régionales pour le sous-sol et le positionnement géostratégique de cette partie du Sahel et du Sahara central.

    Les réponses envisagées par le Niger et les pays impliqués comme la France, l’Algérie et la Libye, s’articulent toujours autour des aspects essentiellement sécuritaires, doublés de manœuvres clientélistes qui illustrent l’absence d’une volonté politique de poser clairement le problème et de lui apporter des solutions durables acceptées par toutes les parties en présence. Cette attitude de l’Etat nigérien demeure une constante de son système politique et traverse les générations, les gouvernements et les mouvances politiques. Le noyautage de l’État par des clans fermés et sans véritable projet a longtemps empêché l’émergence d’une pratique plus ouverte permettant une compétition saine et loyale au sein de l’élite politique du pays.

    Etat des lieux et diagnostic

    Pour couper court à toute tendance à la cristallisation des tensions, le pays a besoin d’une réforme politique du système. Pour cela, les Nigériens doivent s’asseoir autour d’une table et jeter les bases d’un véritable pacte national construit par la volonté, non pas de l’ancien colonisateur, mais des composantes ethnolinguistiques qui font le Niger d’aujourd’hui. À travers cette démarche, il s’agira de s’adresser à la conscience nationale de chaque Nigérien pour faire évoluer un pays sclérosé par un système figé depuis l’Indépendance ; de permettre ainsi à tous les citoyens d’être partie prenante de la construction d’un destin commun, structuré au sein d’une entité étatique pensée et voulue par toutes les composantes du pays.

    Quoi que l’on puisse dire, le Niger reste encore un projet que les différentes composantes nationales se doivent de structurer et de faire vivre pour que naisse demain un pays dans lequel aucune communauté ne se sentirait investie de la mission d’administrer les autres sans leur demander leur avis, et où aucune autre ne pourrait s’estimer mise à l’écart pour d’obscures raisons liées à l’héritage colonial.

    Le Mouvement touareg, tant décrié par des esprits étriqués et incapables de recul, n’en est pas moins caractérisé par des exigences démocratiques et de bonne gouvernance. Il s’agit, en effet, d’une question qui mérite un traitement sérieux et moins passionné et qui ne peut pas être réduite uniquement à la problématique de l’exclusion sociale et économique. Il apparaît, en effet, illusoire de vouloir stabiliser le Niger et de le construire sans apporter au préalable une réponse politique claire et sans ambiguïté aux injustices subies par cette communauté depuis la création du pays. Le Mouvement touareg a le mérite, par conséquent, de questionner la manière dont l’État gère la coexistence des différentes communautés qui composent le peuple nigérien.

    Dans nos pays africains, la pratique politique est encore trop souvent basée sur des considérations ethniques ou régionalistes. En effet, les citoyens ne peuvent avoir d’autres repères en matière de représentation politique que la légitimité coutumière ou alors le clientélisme affairiste que développent tous les partis politiques, y compris ceux qui se veulent progressistes.

    Devant cet état de fait, la résolution d’un problème aussi important que celui de la cohésion nationale ne peut se faire uniquement à travers des partis politiques qui doivent encore faire les preuves de leur sens de l’Etat et de l’intérêt supérieur du pays. D’autres sources de légitimité porteuse de stabilité existent et doivent être interrogées pour asseoir un véritable socle national dans lequel toute la communauté nationale pourrait se retrouver. L’écart entre la légitimité politique et la légalité représentative n’a jamais été aussi important au Niger. N’importe qui, dès lors qu’il disposait des moyens matériels adéquats, pouvait se faire élire député ou être l’édile d’une région ou d’une population dont il n’avait que faire ensuite, quitte même à œuvrer contre les intérêts de cette région ou de cette population... Cette pratique était considérée comme « normale », car la classe politique privilégiait souvent l’opportunisme immédiat au détriment d’une vraie politique de construction d’un État disposant d’institutions qui reflètent réellement les aspirations de sa population. Cela s’expliquait aussi par une paresse notoire à rechercher une synthèse intelligente entre les exigences d’une véritable représentation démocratique de la population et la nature même du paysage socioculturel du pays

    Dès lors que les choix démocratiques reposent sur des considérations ethniques plutôt que sur une compétition d’idées, la notion de démocratie elle-même est à revisiter pour qui veut asseoir un système politique adapté aux réalités nationales. Cela est encore plus vrai dans un pays dont l’écrasante majorité de la population est encore analphabète.

    Cinquante ans après l’Indépendance, nous continuons encore à singer les institutions de l’ancien colonisateur et sommes encore incapables d’imaginer une organisation politique respectueuse de nos propres réalités. Par cette insuffisance, nous contribuons, volontairement ou non, à entretenir cette situation d’instabilité que connaissent nombre de nos pays. D’autant plus que certaines de nos régions sont sujettes à des convoitises qui préfèrent le désordre ou l’anarchie afin de contrôler plus aisément les ressources du pays en question…C’est tellement plus facile de prélever, polluer, arracher, siphonner tout ce qui peut être rentable…

    Il est parfois nécessaire de passer par des mesures symboliques et fortes pour faire évoluer les mentalités (intégrations, nominations…), mais la question de fond demeure celle d’un partage structurel de la décision politique, donc de la répartition équitable des pouvoirs au sein des institutions de l’État. Tant que l’indicateur unique de l’intégration de la communauté touarègue restera le nombre de ministres qui en sont issus, cela voudra dire que la volonté politique est inexistante ou demeure un véritable leurre.

    Des pistes de réflexion

    La récurrence des manifestations politico-militaires dans le nord du pays devrait amener les tenants du pouvoir à dépasser les exigences conjoncturelles de sécurité et aller à la recherche de solutions de fond qui engagent l’ensemble des citoyens. Une sorte de forum ou de seconde Conférence nationale, pour mettre à plat l’ensemble des pesanteurs politiques accumulées par le pays depuis les indépendances et pour jeter les bases d’une nouvelle approche de la chose politique. Cette initiative permettrait au préalable de mettre au clair l’ensemble des injustices faites aux différents pans de notre société. Il serait alors possible d’envisager une véritable réconciliation de l’État avec tous ses citoyens.

    Aujourd’hui, les élus issus de la communauté touarègue se cachent toujours derrière l’État et la légalité pour fuir leurs responsabilités, au lieu de porter les aspirations des populations qu’ils sont censés représenter. Ces élus ont encore du mal à s’autoriser à exprimer ouvertement les attentes de leurs populations.

    Si des Touaregs en arrivent à prendre les armes contre l’État, c’est aussi parce que les députés, les maires et les chefs traditionnels de leurs régions ne jouent pas leurs rôles et sont incapables d’aider cet État à prendre conscience des souffrances de leurs populations. Il est vrai que nous sommes dans un pays où les élus se prennent trop souvent pour des fonctionnaires qui tiennent leur légitimité plus de l’État ou de leurs partis politiques que des populations qui les ont élus…

    L’option militaire ne peut pas régler un problème aussi complexe que celui qui oppose l’Etat à ses composantes qui s’estiment lésées. Car ni l’Armée ni les groupes politico-militaires ne peuvent gagner durablement la guerre sur le terrain. Par conséquent, la solution ne peut être que politique. Ce que les différents gouvernements qui se sont succédé jusqu’à maintenant ont toujours refusé d’admettre. Confortés en cela par l’attitude de la France et de l’Algérie, qui refusent le traitement politique de la question touarègue. Cela explique d’ailleurs l’importance qui a été accordée aux intégrations de combattants touaregs dans les différents corps militaires et paramilitaires de l’État à la suite des accords de 1995. Au point que ces intégrations étaient devenues, aux yeux de certains, la preuve que la question était désormais réglée… Alors que ces intégrations ne devaient être que la conséquence logique du traitement politique de cette question.

    On peut comprendre l’amertume de certains Nigériens, « chômeurs diplômés », par exemple, qui s’estiment lésés par l’intégration ou le recrutement d’autres Nigériens sur la base de critères exceptionnels qu’ils ne comprennent pas. Personne ne leur explique que, si l’Etat a fait appel à ce type de mesures, c’est parce qu’il n’a pas su à un moment donné traiter les citoyens avec l’équité qu’on pouvait en attendre. Mais ces intégrations ne sont finalement que des jalons qui empêchent de voir que le système qui génère les injustices et l’inégalité des citoyens a du mal lui à évoluer !!!!!

    Pour endiguer les sources des tensions politiques actuelles, l’État peut difficilement faire l’économie d’une évolution institutionnelle, y compris sur sa forme elle-même. Le fédéralisme ou l’autonomie des Régions ne doivent plus être tabous, dès lors que le pays est assuré de son intégrité territoriale. La décentralisation poussée qui se met laborieusement en place depuis quelques années devra aboutir, à terme, à cette réorganisation de l’État qui correspondrait plus à la nature géographique, historique et culturelle de nos régions. C’est la nature même du pays qui exige une évolution vers un système de ce type, basé sur la prise en compte des spécificités de nos régions naturelles.

    De manière concrète et pragmatique, cela devrait se traduire par la création d’infrastructures régionales de base qui constitueraient des unités de développement. Cette mesure devrait concerner tous les domaines qui ne relèvent pas de l’intégrité et de la souveraineté du pays. Des embryons de ces infrastructures existent déjà, mais ne sont aujourd’hui que des relais d’une administration encore trop centralisée. Les directions régionales de certains services devraient disposer d’une autonomie d’action et de financement qui leur permettrait de s’ancrer réellement dans leurs environnements économiques et culturels. Cela pourrait désamorcer durablement les tensions nées de la mal-gouvernance et des insuffisances des élites politiques.

    La société civile nigérienne doit cultiver son indépendance et renforcer sa vigilance pour empêcher que des politiciens irresponsables n’engagent le pays dans une fuite en avant qui ne pourrait déboucher que sur une impasse.

    À la lumière des réactions enregistrées jusqu’ici, il apparaît qu’une grande partie de la classe politique nigérienne ne réalise toujours pas les enjeux et la portée des décisions qui sont à prendre pour l’avenir du pays. Sinon, comment expliquer que la question touarègue ne soit évoquée que sous l’aspect militaire par ceux qui estiment ne plus avoir d’autres choix que de prendre les armes pour faire avancer les choses ? La même interrogation s’adresse d’ailleurs également et peut-être en premier lieu à l’élite touarègue elle-même, qui est incapable de se poser comme telle en s’appuyant sur sa légitimité et sur les outils de la vie politique traditionnelle et sur les récents acquis démocratiques. Cette élite, dans ces composantes modernes et coutumières, a visiblement du mal à se positionner entre une attitude de résignation, voire de soumission au système et le choix des armes, qui traduit invariablement un échec de la gestion politique des problèmes.

    La prise en compte, enfin, des vraies questions de fond

    Aujourd’hui, les nouvelles autorités du pays affichent un volontarisme qu’il convient d’apprécier par son innovation et son audace, avec l’espoir de voir rapidement sa traduction dans la pratique du pouvoir et dans la façon dont la période de transition en cours prépare le nouveau paysage politique, au sens large.

    Le CSRD, le « Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie », s’est donné trois axes prioritaires pour remettre le pays sur la voie d’une vie politique apaisée : — la lutte contre l’impunité, la corruption et les trafics d’influence ; — la réconciliation de tous les Nigériens entre eux ; — la restauration de la démocratie et de l’Etat de droit.

    Ces objectifs seront poursuivis « sur la base des principes de justice et d’équité… » L’un des premiers outils mis en place pour donner corps à cette volonté de changement est « la Haute Autorité à la Réconciliation Nationale et à la Consolidation de la Démocratie ». Cet organe a pour missions essentielles « l’instauration d’une démocratie véritable caractérisée par la discipline citoyenne, la culture démocratique, l’esprit civique et le patriotisme ; la lutte contre les inégalités et les disparités dans les actions de développement ; le renforcement de la paix sociale à travers la tolérance, le respect de l’autre dans sa différence ».

    Les objectifs de cette mission contiennent effectivement l’essentiel des dispositions qui pourraient nous mettre sur la voie d’un processus démocratique apaisé et d’un développement partagé et équitable.

    Dans ce même ordre d’idées, il faut situer les préconisations du Conseil consultatif, qui propose la tenue d’un Forum national sur l’unité nationale, la paix et la sécurité et la mise en place d’une « Commission Vérité-Justice-Réconciliation ». Il s’agit pour cette institution de la transition actuelle de « donner un corps et un contenu à cette aspiration forte du CSRD, à savoir la réconciliation nationale ».

    Ces nouvelles orientations prises par le pouvoir actuel constituent une approche porteuse d’espoir et qui peut désamorcer les tensions politiques, exprimées ou latentes, qui minent les fondements de la société nigérienne. Parmi ces crispations, nous avons la question du Nord, qu’il convient de traiter enfin comme une question nationale qui concerne non pas seulement la communauté touarègue, mais le pays tout entier.

    Le travail considérable accompli par la commission « Crimes et abus » de la Conférence nationale, et qui n’avait servi à rien à l’époque, devrait être une base pour une commission « Vérité et réconciliation ».

    Il s’agira pour la Haute Autorité de prendre le temps d’un diagnostic approfondi des raisons qui sont à la base du particularisme du Nord pour proposer ensuite au pays des solutions pragmatiques et susceptibles de mettre fin au cycle de ces violences politiques.

    Quelques pistes peuvent aider à comprendre certaines tensions et à permettre de dégager des éléments de réponse pour consolider l’unité nationale.

    La Haute Autorité de la Réconciliation Nationale pourrait se demander, par exemple : pourquoi une personnalité en vue dans le paysage politique du pays peut publiquement, et en présence d’un ministre de la République, menacer d’exterminer en quarante-huit heures une composante de la population nationale sans que cela fasse l’objet de la moindre réprobation de la part du gouvernement, de l’opposition, ni même, hélas ! de la société civile ?

    Doit-elle aussi « perquisitionner » les bureaux du président du CSRD et celui du ministre de la Culture pour y rechercher la trace d’un document écrit en Tifinagh (sous la forme de livre, de tableau ou d’affiche…) ? Cet alphabet utilisé depuis des siècles et des siècles par les Touaregs ? La culture nigérienne étant une synthèse des apports des différentes communautés nationales, les Tifinagh devraient être une fierté nationale, puisqu’il s’agit de l’un des trésors culturels que l’Afrique possède en propre ? Pourquoi cet apport n’a-t-il pas été valorisé, en particulier au niveau international ? De plus, l’initiation aux Tifinagh devrait être obligatoire dans toutes les écoles primaires du pays et leur enseignement intégré dans les programmes du secondaire et de l’université. Ce serait une façon de s’approprier une Histoire ancienne ou récente, inscrite parfois sur les rochers que chacun contemple sans en connaître le sens… Pourquoi le Niger refuse-t-il encore cette partie de lui-même ? Il ne s’agit pas d’une question de moyens, mais bien d’une lacune dans la représentation que la classe dirigeante se fait du pays.

    L’approche la plus pertinente des tensions actuelles devrait inciter la Haute Autorité en charge à faire en sorte que leur résolution définitive ne soit plus seulement l’affaire de gouvernants qui veulent prouver à tout prix leur maîtrise de la situation, et des groupes armés qui sont souvent dépassés par la complexité de ses aspects politiques. Un forum sur l’unité nationale ne pourra atteindre ses objectifs que si sa composition reflète réellement le pays profond et qu’il ne se contente pas de réunir quelques personnes médiatiques dont la légitimité se construit et se déconstruit dans de petits cercles à Niamey.

    Abdoulahi ATTAYOUB Président de TEMOUST - Lyon, France
    aabdoulahi@hotmail.com

    * Ce texte reprend des éléments d’un autre publié en juillet 2007 sous le titre : « Face à la question touarègue, l’État nigérien manque décidément d’imagination »
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