• Niger : La reculade de la France

    Des mines d’uranium qui essaiment au Niger et des permis de prospection et d’exploitation qui sont vendus comme de petits pains, AREVA qui tient un morceau non négligeable de ce matériau de base du nucléaire civil avec la mine d’Imouraren, du pétrole qui va bientôt jaillir, faisant entrer le Niger dans le cercle très envié des pays producteurs de pétrole même si le nombre de barils/jour sera modeste... mais aussi un Niger qui, politiquement, connaît une crise consécutive à un référendum litigieux qui consacre un coup d’Etat constitutionnel... il s’en passe beaucoup de choses au pays de Hamani Diori.

    Et la France qui, après le 4 août 2009, jour du référendum querellé, prend acte des résultats du vote qui accouche d’une 6e République. Au concert de la réalpolitik, l’ex-métropole ne pouvait pas jouer parfaite partition et personne ne peut crier au scandale. En effet, sur le dossier « Niger », l’Hexagone a toujours cultivé la constance quand bien même, de temps en temps, l’Elysée émettait des inquiétudes relativement à cette marche au forceps vers cette rallonge de 3 ans du mandat présidentiel.

     

    Mais, en prenant note de l’adoption d’une nouvelle constitution, la France ne peut pas ne pas susciter des questionnements :


    - L’Union européenne, dont elle est l’une des locomotives, a été très limpide, en signifiant qu’elle pourrait être amenée à revoir sa coopération au cas où cet étirement du mandat de Tandja serait adopté.

     

    Au cas où des sanctions européennes viendraient à frapper ce pays, la France se désolidariserait-elle de l’UE ou pas ? En vertu de l’article 96 des Accords de Cotonou, l’aide extérieure au Niger, dont une part provient de l’UE pourrait donc connaître son terme. C’est vrai qu’elle est de 6 millions d’euros, une « broutille » pour reprendre les propos du ministre-porte-parole nigérien Mohamed Ben Omar, mais tout de même.

    - La France se fera-t-elle l’avocate du Niger ? Une question à ne pas balayer du revers de la main. Car, étant donné que le coup d’Etat est consommé et que ni le boycott des prochaines législatives ni les actions multiformes de l’opposition n’y changeront rien, n’est-ce pas maintenant l’heure de trouver un terrain d’entente pour ne pas plonger le pays dans une crise sans fin auquel cas ce sera in fine les pauvres populations qui payeront le prix fort ? D’ailleurs, c’est vraisemblablement ce que fait la France, en invitant l’opposition à reprendre langue avec le pouvoir pour recoller les morceaux. Est-ce possible ?

     

    - Finalement tout se ramène à cette interrogation : que fera la France après cette prise d’acte ou reculade selon certains ? Pour le moment, elle semble ménager la chèvre et le chou comme le ferait n’importe quel pays ayant dans la balance tant d’intérêt en jeu. Soyons précis : au nom de quoi la France laissera-t-elle le terrain libre aux Chinois, aux Australiens et aux Canadiens pour exploiter les précieuses ressources de ce pays ? Pourquoi la France n’interviendrait-elle pas dans les affaires des gourous du CAC 40 et de tous les fleurons économiques qui font son prestige ?

     

    C’est connu, seuls les naïfs croient qu’en démocratie tout se dit publiquement. Les diplomates sont là pour arrondir les angles avec les doux euphémismes et les tournures langagières. Ce n’est pas pour rien que certains estiment que la diplomatie est une chorégraphie du faux qu’on désigne sous le vocable de réalpolitik. Un nom qui est loin de sonner exclusivement français.

     

    Par Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
    Source : lobservateur.bf (Article publié le 14 août 2009)
     

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