• Niger : Dictature quand tu nous tiens !

    Niger : Dictature quand tu nous tiens !
    Elle s'installe, petit à petit, de manière insidieuse. Au départ, elle était anodine. Aujourd'hui son visage hideux transparaît dans tous les espaces de libertés. Cette chose, c'est la dictature. La dictature, c'est quand un seul ou un petit groupe d'hommes dicte sa volonté aux autres. Elle a commencé par des arrestations de journalistes, puis par l'interdiction de parution de certains titres d'hebdomadaires. Depuis quelques temps, elle est passée à la vitesse supérieure. Le maintien de Moussa Kaka en prison ne lui suffit plus.

    Notre monstre, chaque jour que Dieu fait, a besoin de nouvelles victimes, de nouvelles proies. Parmi les dernières victimes, nous avons la Radio Télévision Dounia (RTD), fermée « pour non respect de son cahier de charges ».

    Quand aux journaux qui dérangent, ils sont sommés de se mettre aux pas ou de disparaître. La dictature a ceci de particulier qu'elle se nourrit de restrictions des libertés. Elle a ceci de singulier qu'elle abrutit et le peuple et l'élite intellectuelle qui finit par perdre en confiance en soi. La dictature i exige et impose la pensée unique. Elle tue en l'homme tout sentiment de noblesse et de dignité. Elle instrumentalise la justice et la force publique à des fins de satisfaire l'ego d'un seul ou d'un groupe précis.

    En 1999, lorsque, dans la joie et l'allégresse, les Nigériens ont voté en faveur de Tandja, ils pensaient sûrement avoir voté pour un démocrate, un homme nouveau. Au soir de son second et dernier mandat, ses compatriotes découvrent l'horreur : la volonté de puissance d'un homme que rien ne destinait à un si haut destin. Les Nigériens découvrent en fait qu'ils ont été dupés : l'homme qu'ils ont plébiscité n'est pas celui qu'ils ont cru. Censé être au dessus de la mêlée, Tandja n'a jamais su s'élever là où il fallait pour marquer l'histoire de son pays.

    Préfet zélé d'une dictature implacable, au soir de son mandat, il fait tomber les masques. Dictateur hier, il l'est aujourd'hui. En fait, « le séjour d'un tronc d'arbre dans le fleuve ne le transforme pas en caïman », dit un adage universel. On peut ajouter que le maintien d'un lion en gage, sa domestication faut-il dire, ne change pas sa nature.

    Tandja « grignote » au nom d'un hypothétique troisième mandat, les espaces de Libertés concédés par la constitution de 99. Il n'agit pas directement mais par le biais de gardes-chiourmes heureux de voir le boss faire leur fortune. Comme tout dictateur, Tandja ne dit mot. Il ne parle pas. Ses désirs sont exprimés par tous ceux qui pensent qu'en se maintenant au pouvoir, ils continueront, dans son ombre, à « grappiller » par ci par là, quelques subsides. Ce sont ces vautours qui sont les véritables relais du chef suprême Et, c'est eux, par eux qu'insidieusement, la dictature s'installe, prend corps pour le malheur du plus grand nombre. Les Zélotes vautours sont, méthodiquement, en train de tuer la cinquième République pour lui substituer, de facto, la sixième res publica, La chose publique.

    Ibrahim Abdou

    Source:Canard Déchéné

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