• Niger, cette crise humanitaire que cachent les jeux de pouvoir

    Liens sites partenairesLes médias vont parler du coup d'Etat, de l'uranium... On ne devrait pas occulter les graves crises humanitaires  que vivent les nigériens, les famines ou le conflit en pays touareg.

    Le Niger, on en parle encore aujourd'hui. Depuis plusieurs mois le désormais ex-président Mamadou Tandja défrayait la chronique et les foudres, par ses magouilles constitutionnelles et son entêtement à rester au pouvoir au-delà des deux mandats légaux, de son opposition, comme de la communauté internationale. Certes, le coup d'Etat dont il est victime depuis ce jeudi 19 février ne fait pas honneur à la démocratie. Mais les nigériens ont beaucoup d'autres soucis que cela ne devrait pas occulter.

     

    Vous vous souvenez sans doute de la meurtrière crise alimentaire de 2005; une situation due en grande partie à une gestion politique calamiteuse de la pénurie des céréales sur fond de spéculations politiciennes. Les ONGs et les institutions internationales n'en étaient point sorties indemnes, tellement le piège et l'instrumentalisation de la famine le gouvernement étaient forts, mais aussi l'ampleur de la famine; ce qui avait provoqué une slave de critiques visant l'aide alimentaire. Le PAM -Programme Alimentaire Mondial, avait lui-même fini par effectuer une remise en question réflexive de son travail, par exemple. Voir ici l'évaluation de l'organisation onusienne.

     

    Géant mondial de l'uranium, pays des plus pauvres de la planète. A vrai dire, ce pays composé à près de 80% de paysans agriculteurs n'a jamais connu de répit depuis. Voire, ne s'était jamais remis des précédentes grandes disettes, celles de 1972 et de 1984. Jusqu'aujourd'hui, les populations sont en permanence menacées par une sous-alimentation chronique, devenue menaçante au fur des ans et des caprices des marchés des céréales, et cela malgré la forte intervention des acteurs de la solidarité. Pour l'année 2010, d'après des estimations concordantes, près de 3 millions de personnes sont très sérieusement menacées par la crise alimentaire en raison de l'insuffisance des pluies.  

     

    C'est un pays malade aussi de ses paradoxes. Les richesses minières et les milliards de dollars annoncés ou versés par les multinationales, comparées aux conditions dans lesquelles vivent les populations d'unpays classé le plus pauvre par les Nations Unies, provoque l'indignation des observateurs. « Cela fait surréaliste », disait en janvier dernier un étudiant nigérien de Paris, Parlons de l'Uranium, puisque c'est aussi l'objet de beaucoup de conflits socio-politiques, et diplomatiques aussi. Le Niger en est le 3e producteur mondial. Sans oublier les  mines de charbon de la région de Tchirozerine : 10% de la production mondiale. On y signale  aussi l'or, le fer, le charbon.... La société française Areva, qui a  raflé le marché l'année dernière avant d'y  injecter des milliards de dollars, promettait de propulser la production au maximun, et de hisser le pays au 2ème rang mondial après le Canada. « Mais ça, ce ne sont que des histoires lointaines pour nous », aimait répétait l'étudiant nigérien.

     

    Ce qui est sûr, c'est que les relations avec les multinationales étaient tumultueuses ces derniers mois. Ca bruissait que le Président Tandja, à la recherche de nouveaux espaces diplomatiques avec le processus de bannissement international de ces derniers mois, se tournait aussi vers les puissances non-occidentales (Iran, Chine...), ce qui commençait à inquiéter certains...

     

    Crise humanitaire en pays touareg. Au delà de ces questions politico-diplomatiques qui hélas monopolisent le plus de place dans les gazettes, elle demeure encore plus profonde et structurelle, la dérive sociale du Niger. Et principalement pour cause politique, évidemment. C'est cette fois-ci un problème plus interne, ou du moins un peu plus régional, qui est à la base d'une grave crise humanitaire que vit le pays. 

     

    Plus précisément le Nord du pays. Depuis mi- 2007, la région d'Agadez (Nord)  est le théâtre d'un des conflits souvent oubliés du continent africain. La guerre entre les autorités et la rébellion touareg est loin de trouver une solution; la gestion du conflit par le gouvernement Tandja étant jugée « désastreuse » par plus d'un observateur. Le tourisme et l'élevage, piliers de la subsistance locale, en pâtissent.

     

    Le déplacement massif des populations civiles qui fuient les  zones de conflit n'arrange pas les choses. Certains ont commencé à regagné leur foyer dès 2008, mais ils seraient encore plusieurs milliers à rester dans l'errance (notamment dans les communes suivantes : Arlit, Timia, Etaghas, Tchintouloust, Agalal et Agadez même). Pire, l'aide humanitaire accède très difficilement aux zones de refuge, tandis que les tensions sont fréquentes entre les ONGs sur place et les autorités administratives. Ces dernières excellent cependant à empêcher les médias à présenter au monde et au pays le sort des otages du conflit.. Voilà donc le contexte dans lequel vivent une grande partie de la population nigérienne, et que l'on devrait à l'esprit tout en suivant les suites de ce coup d'Etat. A bientôt.
    youphil.com 

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