• Le travail du cuir chez les touaregs

    Aujourd’hui, de nombreux matériaux comme le plastique et l’aluminium ont pénétré le foyer touareg. Il y a vingt ou trente ans, lorsque les hommes nomadisaient encore en grand nombre, le cuir, les tissus résistants et les bois légers étaient les matériaux rois de la maison.

    Les nomades avaient du mal à adopter les matériaux de l’industrie moderne en raison de leur mode de vie qui les obligeait à plier bagage et parcourir de longues distances régulièrement. Le plastique et l’aluminium prenaient trop de place dans le caravanes alors que les objets en cuir étaient faciles à plier et à compresser. Ils avaient aussi la faculté de résister à la déformation lorsqu’ils se retrouvaient entassés sous les bagages.

    L’importance du cuir était telle qu’on le retrouvait partout, sous forme de divers sacs, des outres à lait ou à eau, des cordes, des lacets… On fabriquait même des tentes entièrement en cuir.

    Jadis, chez les Touaregs, le tannage et le travail du cuir étaient confiés aux femmes, alors que le travail de la bijouterie revenait aux hommes.
    Avec le temps, l’utilisation du cuir a beaucoup régressé, en raison de la sédentarisation. Bien qu’on retrouve encore l’outre d’eau en peau de chèvre dans de nombreux foyers, le plastique et les métaux comme l’aluminium ont tout envahi.

    De nos jours, le travail du cuir est devenu mixte, même si la tradition fait que les femmes sont encore nombreuses à l’exercer. Ces femmes sont généralement plus ou moins âgées. Les jeunes filles sont de moins en moins nombreuses à apprendre un métier qu’elles trouvent épuisant et peu rentable. En effet, l’artisanat du cuir est mal payé. Les revendeurs achètent à très bas prix car les touristes ont tendance à trop marchander.

    Les objets fabriqués :
    Le sac de voyage : Aghreg
    Il n’y a pas longtemps, le sac de voyage, comme la selle, faisaient partie de ces éléments qui ajoutaient de la noblesse aux chameliers touareg et donnaient un air somptueux aux caravanes. La fabrication de ces sac a régressé avec la rareté des chameaux et la disparition progressive du nomadisme. Peu d’artisans les fabriquent encore car ils demandent beaucoup de travail. Quand un artisan fabrique un objet, il doit être prêt à le vendre à bas prix, et les revendeurs veulent, à tout prix, prendre des marges trop importantes. Les touristes étrangers ne sont pas nombreux à les acheter.

    Sacs de tailles moyenne pour objets divers : Adaboun
    Ce genre de sacs est encore fabriqué. Son côté utilitaire pousse les touaregs à le délaisser car les sacs modernes se vendent plus facilement. Les artisans ont tendance à moins le charger en ornements afin de travailler rapidement.

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    Ce sac traditionnel combine à la fois l'esthétique berbère avec l'influence de l'art islamique oriental

    Les sac portés au coup : taghlabt

    De taille petite ou moyenne, ils sont les plus prisés par les touristes en raison de leurs ornements sophistiqué, de leurs belles couleurs et surtout de l’image qu’il véhiculaient dans la tradition touareg. Traditionnellement, ils sont portés par les hommes. On peut encore les voir orner les poitrines de quelques rares personnes (j’en ai rencontré cinq durant mon séjour à Tamanrasset). D’après ce qu’on m’avait dit, même dans le passé, les hommes trop jeunes évitaient de les porter. Il était jugé indécent à un jeune, qui n’a pas encore fait ses preuves dans la vie, de trop se faire remarquer par les ornements. On les voyaient donc souvent suspendus aux cous des guerriers, des pères de familles, de vieux ayant accompli le Hadj... On ne les portait pas souvent en raison de leur tendance à se salir facilement en devenant des nids à crasse. De nos jours, les touaregs les achètent surtout pour les suspendre à leurs murs à des fins décoratives. C’est une façon de marquer son attachement à sa culture.

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    En bas à droite, sac ou portefeuille masculin de poitrine, très populaire.
    En haut, on peut voir des sacs modernes, plus faciles à fabriquer
    et se vendant bien

     

    A côté de ces sac, on retrouve d’autres objets faits ou recouverts de cuir, objets de moindre importance ou peu présents dans les boutiques d’artisanat. C’est le cas des petits miroirs, des flacons de kohols…   

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    Cette objet, richement orné de cuir en lanières, est muni un long manche qu'on fixe dans le sable à l'intérieur de la tente.
    On pose dessus les outres à eau et à lait afin de les mettre hors porté des animaux
    et de permettre aux membres de la familled'en disposer à tout moment.

    La régression de la qualités :
    En raison d’un manque de rentabilité et de l’avidité des vendeurs, les artisans sont tenus à fabriquer beaucoup pour gagner peu, ce qui les pousse à travailler trop rapidement. Si certains objets gardent encore une apparence raffinée, la plupart des sacs sont uniquement décoratifs. La solidité leur fait défaut depuis l’apparition et l’utilisation répondue des matériaux bas de gamme comme les colles, le cartons et les fils chinois. Dans le nord du pays, on trouve peu de sacs dans les boutiques d’artisanats étant donné la rareté des acheteurs intéressés.

    http://mediterebenthine.canalblog.com

     

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