• Le patrimoine immatériel du Sahara se cherche un plan de sauvetage


    La diversité culturelle qui se niche dans le désert est fragile. Développement de l’écotourisme et actions de l’Unesco sont nécessaires à la défense des musiques et des langues menacées de disparition.

     

    Aux fins de réaliser les fameux Objectifs du Millénaire (tracés par l’ONU en 2000), l’UNESCO a élaboré le programme « le Sahara des cultures et des peuples » pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel matériel et immatériel et du patrimoine naturel. Ce projet concerne l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Soudan, le Tchad, la Libye et l’Egypte. Il s’inscrit dans le cadre du suivi du Sommet de Québec sur l’écotourisme de 2002, et répond aux exigences du plan d’action de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle. Le programme, qui s’appuie également sur le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), cible une relance durable du tourisme, perçu comme outil au service du développement et de la lutte contre la pauvreté, « en particulier au Sahara qui est un écosystème désertique, à la fois très fragile et présentant une grande richesse patrimoniale et humaine, avec des cultures et des savoir-faire ancestraux ». En Algérie, l’Office du parc national de l’Ahaggar (OPNA), qui couvre une superficie de 450 000 km² (presque la superficie de l’Espagne), travaille pour joindre la protection du patrimoine aux impératifs de l’activité touristique. L’OPNA s’apprête à ouvrir dans ses locaux à Tamanrasset un musée, le premier du genre, sur les arts et traditions sahariens. Outre l’imzad, le tindé, autre instrument symbole des touaregs, est en bonne place dans cet espace. Joué par les femmes, le tindé, un tambour composé d’un mortier en bois recouvert d’un morceau de cuir de chèvre mouillé, est également en situation délicate. D’où les travaux de collecte et d’investigation faits par l’OPNA et le CNRPAH. Cependant, il n’existe pas encore de coordination avec d’autres pays où le tindé est joué, comme le Mali et le Niger, pour mieux protéger cet héritage séculaire.

    L’ouverture de vols charters directs avec plusieurs villes européennes comme Paris, Berlin, Barcelone, Rome et Londres, a donné un coup d’accélérateur à l’activité touristique dans l’Ahaggar.

     

    Des parler locaux en voie de disparaître

    Selon Dida Badi, ethno-musicologue et chercheur au CNRPAH, la poésie qui accompagne l’imzad, déclamée en tamachaq, la langue parlée par les Touaregs, est en danger. Il en est de même pour le zénète. Cette variante du tamazight, est selon la dernière édition de l’Atlas des langues en danger de l’UNESCO, en situation critique. Elle n’est plus parlée que par 50 000 personnes.

    Le tidikelt, utilisé par à peine 30 000 locuteurs autour de In-Salah, au coeur du Sahara, risque de disparaître lui aussi. Farid Ighilahriz, jeune préhistorien et directeur de l’OPNA, fait face à un autre problème, celui du pillage des pièces archéologiques et des gravures rupestres par certains touristes. Une cinquantaine de postes de surveillance ont été installés le long du parcours du parc, et un bureau de contrôle a été ouvert au niveau de l’aéroport de Tamanrasset. Dans ce domaine comme dans les précédents, il n’existe aucune action concertée entre les pays sahélo-sahariens pour protéger un patrimoine commun à toute l’humanité.

     

    Le tourisme repart dans l’Ahaggar

    La haute saison touristique dans le Grand Sud algérien se terminera avec la fin du printemps. La moisson de cette année aura été meilleure que celle des années précédentes, selon des agences de voyages de Tamanrasset (2000 km au sud d’Alger). D’après des statistiques locales, le nombre des touristes qui ont visité la région depuis le début de la saison jusqu’à septembre 2008, a dépassé les huit mille. Du jamais vu depuis des années. Sur l’année 2008, le nombre total des touristes a atteint les 27 000 soit 4000 de plus qu’en 2007. L’ouverture de vols charters directs entre plusieurs villes européennes comme Paris, Berlin, Barcelone, Rome et Londres, a donné un coup d’accélérateur à l’activité touristique dans l’Ahaggar. Les vols de nuit d’Air Algérie sont complets durant la saison. Le pic est atteint à la fin décembre. Beaucoup de personnes, dont des Algériens du Nord, se déplacent pour célébrer le réveillon sous les étoiles à l’Assekrem, qui culmine à 2730 mètres d’altitude, et assister aux couchers de soleil dans ce massif montagneux où le père Charles de Foucauld a construit son ermitage en 1911.

    L’Ahaggar, qui est divisé en deux parties par le tropique du Cancer, a repris sa place dans les guides des principaux tours opérateurs européens, nord-américains et asiatiques. Les mauvaises nouvelles sur l’enlèvement de touristes au Mali et au Niger n’ont visiblement que très peu de retombées négatives sur le tourisme d’aventure dans le Sahara. L’Ahaggar et le Tassili N’ajjer autour de Djanet (sud-est algérien) constituent les plus grands musées à ciel ouvert au monde. Les gravures et les peintures rupestres qui y existent, datent de douze mille ans avant l’ère chrétienne.

    Un instrument qui n’est plus joué que par une dizaine de femmes dans la région de Tamanrasset

    L’héritage culturel des peuples du Grand Sahara est menacé. L’Algérie, qui a ratifié la Convention de l’UNESCO sur la protection du patrimoine immatériel de 2003, tente d’engager des mesures pour sauver ce qui peut l’être, avec l’adoption d’une série de textes de loi. Alger a réussi à classer l’Ahellil, des chants et des danses des Zénètes du Gourara, dans le patrimoine universel de l’UNESCO. La démarche est moins facile pour l’imzad, le fameux instrument targui qui n’est plus joué que par une dizaine de femmes dans la région de Tamanrasset, capitale de l’Ahaggar, dans le sud algérien. Chena Alamine et Chtima Bouzad, les deux maîtresses de l’imzad, ont dépassé les 70 ans. « Pour faire inscrire l’imzad au patrimoine universel, il faut une demande commune de tous les pays où vivent des Touareg. Etablir cette demande prendra du temps du fait que les priorités des pays du Sahel ne sont pas les mêmes », explique Rachid Bellil, anthropologue au Centre algérien de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH). L’imzad, qui est une vièlle monocorde, est joué uniquement par les femmes targuies en Algérie, au Niger, en Libye, au Mali et au Burkina Faso. Il faut donc un accord de tous ces Etats pour que la démarche soit recevable au comité intergouvernemental de l’UNESCO en charge de la sauvegarde du patrimoine immatériel. A titre d’exemple, le Mali a pu inscrire sur la liste du patrimoine mondial, le tombeau des Askia, les villes anciennes de Djenné et Tombouctou, mais n’a fait aucun geste pour l’imzad. De même pour le Niger. La Libye n’est pas en reste. La Jamahiriya a inscrit dans le patrimoine de l’UNESCO les sites archéologiques de Cyrène, de Leptis Magna et de Sabratha ainsi que gravures rupestres du Tadrart Acacus mais n’a engagé aucune démarche pour l’instrument des Touaregs.

    Les Afriques 

     

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