• Le design pour développer l’artisanat nigérien

    Liens sites partenairesTrente-cinq artisanes venues des quatre coins du Niger ont suivi, pendant deux mois, une formation en création et design dispensée par Katherine Pradeau, dans le cadre du Salon international de l’artisanat pour la femme (Safem), qui se tient à Niamey jusqu’au 8 novembre. Une expérience qui, sur le plan artistique, a donné de fructueux résultats, et remplit d’espoir celles qui l’ont menée.

    Des poteries habillées de délicats justaucorps en vannerie, du linge de maison savamment teint et rehaussé de fines croix de Tahoua, des sacs et housses de cuir décorés de motifs touaregs brodés... Des objets aux formes harmonieuses et modernes, nés de la rencontre inédite de trente-cinq artisanes du Niger, héritières de traditions centenaires, et de la créatrice de mode et designer française Katherine Pradeau [1]. « On a beaucoup échangé entre femmes, sur leur savoir-faire, pour l’améliorer tout en gardant leurs techniques ancestrales et leur identité, mais en innovant. », explique celle qui a dispensé une formation pendant deux mois à Niamey.

    L’objectif affiché de Katherine Pradeau et d’Aïchatou Kané, la coordinatrice du Salon international de l’artisanat pour la femme (Safem) qui l’a sollicitée : « ouvrir de nouveaux marchés » aux artisanes nigériennes. Leurs créations se vendraient davantage en Occident si elles innovaient et s’adaptaient aux besoins et exigences du marché, estiment-elles. La méthode employée pour faire émerger du neuf de pratiques anciennes : le dialogue, la réflexion, l’échange entre des artisanes issues du même pays mais qui n’avaient jamais travaillé ensemble. Ainsi, Adi Idi Foda, potière de Miria, a dû inventer de nouvelles formes et s’associer à Ahi Ousmane, une vannière de Difa, une autre localité du Niger. Daro Bermini et Absatou Himadou, brodeuses d’ethnies peulh bororo et haoussa ont dû partager leurs connaissances. « Je suis très contente qu’Absatou m’ait appris ce qu’elle sait et de faire des choses que je n’avais jamais réalisées, comme la broderie sur les draps », confie Daro. Toutes les artisanes ne réussissent cependant pas l’exercice avec la même facilité, « certaines sont difficiles à faire évoluer, révèle Katherine Pradeau, et ce sont surtout les maroquinières et les potières qui sont les plus créatives ».

    Une créativité et une authenticité qui plaisent à Laurence Vêne, responsable de Jasuka, une galerie qu’elle a créée à Paris, en 2007, et dans laquelle elle expose de l’art du Niger et d’Amérique latine. Eblouie par les objets présentés dans le pavillon Wouro Debbo (maison de la femme en fulfuldé), elle en a déjà inscrit plusieurs à son catalogue. « Les savoir-faire se perdent, surtout les motifs traditionnels, et c’est ça qui est recherché par les Européens, explique Katherine Pradeau. Donc il est nécessaire d’insuffler la volonté de préservation tout en encourageant l’innovation. » Une leçon qu’a bien apprise Abdoulrazac, 14 ans, le fils d’Adi, la potière de Miria, qui brandit fièrement l’une de ses créations : une poterie en forme de cheval, une figure en voie de disparition que son oncle réalisait autrefois.

    De la suite dans les idées

    Les artisanes qui ont participé à l’expérience espèrent en tirer profit financièrement. Elles vivent chichement de leur art qu’elles pratiquent durant le peu de temps qu’il leur reste après l’accomplissement de leurs nombreuses tâches domestiques. « Mon rêve, c’est que mes collections touchent plein de personnes qui les achèteront », déclare Adi. Ses consœurs espèrent aussi que cette expérience n’est qu’un début et que d’autres tout aussi enrichissantes suivront. « On est très contentes d’avoir eu cette formation, confie Zéli Hatou, une brodeuse d’Agadez, mais le problème c’est qu’il n’y a pas de suivi. Et sans suivi, on ne voit pas où la formation va aller. » Et Zéli de dresser la liste des lacunes qu’elles voudraient combler. « Par exemple, on aimerait apprendre la gestion. Par exemple encore, à Agadez, on n’a nulle part où vendre en grande quantité. Et notre cuir, il n’est pas d’assez bonne qualité, il sent, donc il faudrait qu’on apprenne à améliorer nos teintures… »

    Selon Katherine Pradeau, il faudrait créer « un groupement pour qu’elles soient guidées pour produire en respectant les exigences et les délais des normes internationales ». Une structure dont l’Etat soutiendrait la réalisation, parce qu’« on ne peut pas demander aux artisanes de tout faire : la gestion, la commercialisation, la communication, alors qu’elles sont le plus souvent analphabètes ». En attendant que les autorités nigériennes ne daignent faire ce pas, ce sont les artisanes nigériennes qui, samedi soir, offriront leur content de rêve aux spectateurs présents à la soirée de gala du Safem 2009. Une soirée qui aura pour thème « la tenue traditionnelle adaptée aux besoins du monde moderne », et au cours de laquelle seront présentés au public, lors des défilés de mode, nombre des objets et accessoires qu’elles ont mis tant d’énergie et de talent à accoucher.

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