• Le déchiffrement de l'alphabet Tifinagh

    Toutes les inscriptions connues, au nombre de 1125, sont réunies dans un corpus dû à Chabot (1940). Beaucoup ont été découvertes à la suite des recherches de M. Rodary (v. Chaker 1984) Les plus importantes sont les inscriptions monumentales de Dougga en Tunisie qui contenaient beaucoup de noms propres et de titres.

    L'alphabet tifinagh renferme des informations précieuses sur l'état de la langue berbère d'il y a plus de 2000 ans. Pourtant, malgré des dizaines d'années de recherches beaucoup de ces inscriptions demeurent pour l'essentiel indéchiffrées. Pourquoi ? D'après Salem Chaker (1984 ; 246-258), plusieurs raisons ont en effet empêché les chercheurs à aboutir à un déchiffrement complet des inscriptions libyco-berbères. Certaines de ces raisons sont liées à la nature même de l'alphabet, d'autres sont plutôt d'ordre géographique et linguistique. Nous en reproduisons quelques unes ci-dessous :

    La rareté des travaux sur cet alphabet (deux travaux essentiels Chabot 1940 et L. Galand 1966)
    L'alphabet libyco-berbère ne notait pas les voyelles.
    La distance énorme entre le libyco-berbère et la langue berbère d'aujourd'hui (deux millénaires)
    le lexique berbère est mal connu par les chercheurs.
    Les recherches sont en grande partie menées par des chercheurs non berbérisants. En effet, pour aboutir à des résultats satisfaisants, la collaboration d'équipes pluri-disciplinaires est essentielle : berbérisants, archéologues, sémitisants, spécialiste de l'épigraphie latine et punique, historien et protohistoriens...
    Malgré ces difficultés, plusieurs recherches ont abouti à des déchiffrements qui nous renseignent sur l'état de la langue amazighe d'il y'a 2000 ans.

    La parenté libyque-berbère
    La question principale à laquelle les chercheurs ont essayé de répondre en déchiffrant l'alphabet amazigh est la suivante : Y a-t-il une parenté entre le libyque parlé il y a plus de deux milles ans et le berbère d'aujourd'hui ? La question de la parenté libyque-berbère a suscité beaucoup de débat. Etant devant un alphabet difficilement déchiffrable, certains en ont conclut que la langue dans laquelle sont écrites ces inscriptions a totalement disparu et contestent donc toute parenté entre le libyque et le berbère. Mais, citant Gabriel Camps (1980 - 276) :" Si le libyque n'est pas une forme ancienne du berbère, on ne voit pas quand et comment le berbère se serait constitué ". Au delà de cet "argument négatif ", on peut prendre à témoin pour établir la parenté du libyque et du berbère "toutes les données historiques : la toponymie, l'onomastique, le lexique ainsi que le témoignage des auteurs arabes" (ibid) Pour prouver la parenté libyque-berbère, Marcy (1936) part non plus du punique, ni même du latin, mais du berbère, en prenant comme référence de base les racines bilitères et trilitères du touarègue, le parler amazigh le mieux conservé et le mieux décrit. Il est ainsi parvenu à déchiffrer plusieurs textes libyques et à les traduire intégralement en français.

    Les résultats des déchiffrements
    Seule la forme orientale a été déchiffrée grâce notamment à l'existence d'importantes inscriptions bilingues punico-libyques. Ce déchiffrement a permis de déterminer la valeur de 22 signes sur 24. Les résultats dont les chercheurs disposent, aussi maigres soient-ils, suffisent à prouver la parenté libyque-berbère (v. J. G. Février (1956), K. Prasse (1972)). Ce sont les ressemblances dans les mots outils et les morphèmes qui amènent à une telle affirmation. Et parmi elles, les plus importantes pièces sont constituées par la double présence des prépositions n (de) et d (avec, et), un trait inconnu à n'importe quelle autre langue que le berbère et le tchado-chamitique (haoussa), associée de l'existence de w (fils) et wlt (fille).

    Ci-dessous quelques affixes et mots déchiffrés ayant un pendant berbère (notons que les voyelles n'étaient pas transcrites en libyque). Ces exemples sont tirés de Prasse (1972).

    Libyque

    Berbère [2]

    Glossaire

    gld

    agllid

    roi

    skn

    taskawt

    construction

    w

    w

    fils de

    wlt

    wlt

    fille

    zlh [3]

    uzzal

    fer

    ysh

    yusa

    arriver

    sqr

    asghar

    bois

    s / ns

    s / nnes

    son / leur

    d

    d

    préposition : et /avec

    n

    n

    préposition : de

    s

    as

    lorsque

    n

    n

    désinence du pluriel des noms et des verbes. argaz : pl. : irgazn : homme(s)

    s

    s

    préfixe causatif. sgawr : faire asseoir

    m

    m

    préfixe des adjectifs verbaux ; amxxar : voleur

    y

    y

    préfixe de la 3e personne masculin singulier des verbes ; yusad : il est venu

    t

    t

    préfixe de la 3e personne féminin singulier des verbes ; tusad : elle est venue

    t

    t

    affixes des noms féminins ; t-amazigh-t (femme berbère)

    Le système phonologique atteste aussi de la parenté libyque-berbère (v. K. Prasse (1972) pour plus de détail.)
    Source:mondeberbere.com

    « Quand le Sahara était verdoyant...L'Uranium mine les horizons touaregs, témoignage (Oct 2006) »
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