• LA PROBLÉMATIQUE DE LA RADIOACTIVITÉ À ARLIT ET AKOKAN Bruno Chareyron explique

    Bruno Chareyron (CRIIRAD) était au Niger : conférence de presse avec le ROTAB (Ali Idrissa le 10 avril et  Agadez (6-7 avril ) : formation des maires du secteur sur la radioactivité aux côtés d'aGHIR IN MAN, à la demande de l'Association des Municipalités du Niger section d'Agadez et avec le soutien financier du Conseil Général des Côtes d'Armor-coopération décentralisée, du COGERAT, de la CRIIRAD et d'AGHIR IN MAN).

    Le groupe nucléaire français Areva s’apprête à exploiter le gisement uranifère d’Imouaren d’une Le groupe nucléaire français Areva s’apprête à exploiter le gisement uranifère d’Imouaren d’une capacité de production de 5000 tonnes par an pendant 35 ans. Ce nouveau projet positionnera le Niger au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium, indique-t-on. Dans cette zone nord du Niger où le groupe Areva exploite l’uranium depuis quatre décennies, d’autres nouvelles compagnies se sont aussi implantées aujourd’hui, à la faveur de la nouvelle politique de diversification des partenaires engagée par les autorités politiques. Parmi ceux-ci figurent les Chinois qui interviennent à Azelik. L’uranium étant un minerai très dangereux pour la santé du fait de ses effets radioactifs, les autorités communales d’Agadez ont décidé de se renforcer pour mieux gérer les problèmes environnementaux et sanitaires qui découleront inévitablement de l’exploitation des nouveaux gisements. Lesquels problèmes se posent déjà avec acuité à Arlit et Akokan.


    C’est poursuivant cet objectif que des membres de l’Association des municipalités du nord Niger, de passage l’année dernière à Paris, ont sollicité le concours de la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD) pour une formation sur ces problèmes liés à l’extraction de l’uranium. Cette formation, qui s’est déroulée du 6 au 7 avril derniers à Agadez, a été conjointement assurée par Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, directeur du laboratoire de la CRIIRAD, et l’ONG Aghir’ Iman de Almoustapha Alhacen basée à Arlit.


    Rendue possible grâce au soutien financier du Conseil gé-néral des Côtes d’Armor, du Cogérat et de la CRIIRAD, la formation a regroupé des maires, des secrétaires généraux et des acteurs de la société civile de la région. Sur le chemin de retour à Paris, Bruno Chareyron a fait une escale à Niamey pour rencontrer les acteurs de la société civile en vue de tisser un partenariat. Sur place, il a animé une conférence de presse le 9 avril au Centre de documentation de l’Association nigérienne de défense des droits de l’Homme (ANDDH), à l’initiative du ROTAB (le Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire). En marge de cette activité, Le Ré-publicain s’est entretenu avec lui sur les problèmes environnementaux et sanitaires liés à l’extraction de l’uranium qui se posent à Arlit et Akokan, notamment la pollution des eaux souterraines et de surface, la pollution du cadre de vie des populations et la pollution de l’air.


    Pour Chareyron, la contamination radioactive dénoncée régulièrement par les acteurs de la société civile basée dans la région n’est pas une vue de l’esprit. Et elle est d’une grande ampleur contrairement aux assurances que donne Areva. Selon lui, la première mission conjointe CRIIRAD/ SERPA pour effectuer des mesures sur la radioactivité à Arlit et Akokan, sur sollicitation de Aghir’ Iman, remonte en 2003. «Cette mission nous a permis de découvrir la pré-sence de ferrailles contaminées dans les rues d’Arlit et d’Akokan, la pollution radioactive des eaux souterraines dans certains puits, des eaux qui sont consommées par les populations ou les travailleurs. Avec des concentrations en uranium qui dépassent dans certains puits d’un facteur 10 les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)», affirme le directeur du laboratoire de la CRIIRAD.


    Et d’ajouter : «En 2007 encore, on avait montré qu’il y avait de tels stériles devant l’hôpital de la Cominak, à Akokan, avec un niveau de radioactivité 100 fois su-périeur à la normale sur la piste. Un autre problème, c’est la pollution de l’air due aux poussières radioactives liées aux mines et aux usines et les tas de minerais d’uranium déversés à l’air libre que le vent disperse dans la nature. Il y a également le gaz radioactif -le radon- qui est sorti en permanence à partir des bouches d’aérage qui permettent de ventiler les galeries souterraines de la Cominak». Selon lui, ces différents facteurs combinés font que certains groupes de populations à Arlit et Akokan dépas-sent les limites de la dose annuelle admissible qui est de un milli Sievert.


    «Cette contamination de l’eau, de l’air, des sols, etc., peut et va très probablement induire sur le long terme des effets sanitaires en terme de cancers, de malformations génétiques, mais aussi des problèmes sur le sys-tème cardiovasculaire, le cerveau, sur l’ensemble de l’être humain», explique Chareyron. Car, poursuit-il, «les radiations Alpha, Bêta et Gamma émises par l’uranium et les 13 autres substances radioactives qui lui sont associées (le radium, le polonium, le radon…) ont une énergie extrêmement importante. En traversant le corps, ces radiations peuvent créer des lé-sions dans les cellules, rendre ces cellules «folles» ; et petit à petit, si ces cellules ne sont pas détruites par notre système immunitaire, elles peuvent aboutir à des problèmes de type cancers et autres».


    Devant cette menace sanitaire, le directeur du laboratoire de la CRIIRAD pense qu’il ne faut pas attendre que des étu-des épidémiologiques précises quantifient les effets sanitaires pour prendre les mesures de protection. Et ces mesures consistent tout simplement à enlever les ferrailles et les plastiques contaminés qui sont chez les habitants, enlever les stériles radioactifs qui sont dans les rues, fermer les puits qui sont les plus contaminés, etc.

    Le republicain

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