• L'opposant Issoufou, au Niger, rend le pouvoir aux civils

    Le vétéran de l'opposition Mahamadou Issoufou a remporté haut la main, avec près de 58% des voix, le second tour de l'élection présidentielle au Niger, que les observateurs de l'Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats africains (Cédéao) ont jugé régulier.

    Arrivé en tête du 1er tour avec 36,06% des voix, le 31 janvier, le leader du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS) terrasse l'ancien Premier ministre Seyni Oumarou, du Mouvement national pour la société du développement (MNDS), qui recueille un peu plus de 42% des voix.

    Oumarou n'avait obtenu le 31 janvier que moins d'un quart (23,24%) des voix des quelque 6,7 millions d'électeurs nigériens appelés à voter, mais il était devenu le favori du second tour, ce samedi, avec le ralliement à sa candidature d'une large alliance d'autres partis dont les candidats avaient été écartés faute d'atteindre un score suffisant.

    Néanmoins, le ralliement entre-temps de Hama Amadou, leader du Mouvement démocratique nigérien (Moden), arrivé troisième du premier tour avec 19,82% des voix, a fait pencher la balance en faveur d'Issoufou au détriment d'Oumarou, considéré comme l'héritier politique du président déchu Mamadou Tandja.

    Parce qu'il avait cherché à se maintenir au pouvoir au-delà de ses deux mandats présidentiels, Tandja avait été renversé en février 2010 par une junte militaire conduite par le général Salou Djibo, qui a tenu, à la grande satisfaction des Occidentaux, sa promesse de restituer le pouvoir à un régime civil d'ici au 6 avril.

    "Les résultats préliminaires globaux du second tour se présentent comme suit: Mahamadou Issoufou obtient 1.820.639 de voix, soit 57,95% des suffrages exprimés tandis que Seyni Oumarou recueille 1.321.248 de voix, soit 42,05 des suffrages", a annoncé le président de la commission électorale.

    Ghousmane Abdourahamane a précisé aux journalistes que 3,3 millions d'électeurs avaient voté, soit un taux de participation relativement faible de 48% des inscrits.

    La corruption de l'ancien régime - Tandja doit répondre devant la justice de détournement de deniers publics - et le coup d'Etat militaire de 2010 sont considérés comme deux des facteurs ayant incité les Nigériens à bouder les urnes.

    Bien que riche en uranium, un minerai stratégique qui lui vaut des milliards de dollars d'investissements, principalement de la part du groupe nucléaire français Areva, le Niger reste un des pays les plus pauvres du monde.

    L'ancienne colonie française, qui a connu maints coups d'Etat militaires depuis son indépendance en 1960, a l'occasion d'inaugurer une nouvelle ère, exempte d'autoritarisme et de corruption, mais nombre d'analystes doutent que le pays saura la saisir. "Même Issoufou fait partie des meubles", souligne l'un d'eux.

    S'il tient sa parole de rendre le pouvoir aux civils, Salou Djibo est sûr de jouir d'un prestige accru, à l'étranger comme à l'intérieur, mais les analystes vont observer de près le rôle que joueront les militaires dans la période à venir.

    De récents propos de Djibou donnent à penser qu'il entrevoit un rôle de premier plan pour l'armée dans le développement de ce pays du Sahel où les deux tiers de la population survit avec moins d'un dollar par jour et où l'espérance de vie n'atteint que 52 ans et demi.

    En plus de la sècheresse, qui y provoque régulièrement des crises alimentaires, le Niger doit affronter depuis quelques temps la menace croissante d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui s'en prend régulièrement à l'armée nigérienne et capture des otages étrangers.

    Deux otages français ont été enlevés en janvier à Niamey avant d'être retrouvés morts lors d'une opération menée par les forces spéciales françaises pour les libérer. Quatre autres Français, capturés en septembre sur un site d'extraction d'uranium d'Areva, restent au mains d'Aqmi.

    Cette insécurité a poussé les agences d'aide humanitaire internationales travaillant au Sahel à procéder à une révision de leurs dispositifs locaux afin de mieux garantir la protection de leurs personnels.

    Par Reuters

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