• L’armée et les attaques des bandits

    L’armée et les attaques des bandits
    A la guerre comme à la guerre - C'est un tournant. Le président malien, Amadou Toumani Touré (ATT), donne le feu vert à l'armée malienne pour mener la traque des rebelles touaregs, même s'il reste ouvert au dialogue. Les "hommes bleus" qui avaient jusque-là l'initiative des attaques, auront désormais en face d'eux, une armée prête à passer à l'offensive. Moins défensive, elle n'attendra plus qu'on lui donne des coups avant de réagir.

    Au demeurant, ne dit-on pas que la meilleure défense, c'est l'attaque ?

    Dorénavant, ce sera donc à la guerre comme à la guerre ! Jusque-là, les rebelles touaregs se croyaient seuls capables de prendre l'initiative des attaques ; comme s'ils étaient les seuls à savoir ouvrir les hostilités. Il n'y a rien d'étonnant à cela, l'attitude du camp d'en face qui avait toujours privilégié le dialogue, ayant été manifestement interprétée par les rebelles comme une marque de faiblesse, voire de peur.

    L'armée malienne a, à présent, les mains libres pour leur apporter la preuve contraire, c'est-à-dire casser du rebelle.

    Cela dit, cette nouvelle option sera-t-elle payante à terme ? Pourra-t-elle enrayer la menace touarègue, juguler ce mal de plus en plus inquiétant ou, au contraire, attisera-t-elle les braises ? Dans tous les cas, les propos aux accents guerriers du dirigeant malien sont le reflet d'une certaine lassitude qui a fini par gagner le général président. Après avoir longtemps montré sa disponibilité à faire la paix avec les rebelles, ATT fait sans doute le constat amer d'un feed-back bien en deçà de ses attentes. D'où son intention de changer le fusil d'épaule en optant pour la loi du talion.

    Cette option n'est cependant pas sans risques. On pourrait même dire qu'ATT joue gros dans cette affaire. C'est véritablement un jeu dangereux du quitte ou double. Car, comme le dit l'adage, on sait toujours quand commence une guerre, mais jamais quand elle se termine. En choisissant de réagir à la violence par la violence, le président malien court en effet le risque de complexifier une crise déjà difficile et, de ce fait, de la prolonger. Et s'il nourrissait, comme on peut le deviner, l'espoir de trouver une solution à cette crise avant la fin de son mandat, et de quitter la scène encore en héros national, ce pourrait être alors pour lui un échec ! Le risque serait en effet grand, de le voir terminer un dernier mandat entaché par une recrudescence de la violence qui plongerait davantage le Mali dans la tourmente. Terminer son mandat sur des notes bellicistes n'a rien de glorieux pour tout chef d'Etat qui aspire à gouverner dans la paix.

    A moins que le successeur d'Alpha Omar Konaré nourrisse l'ambition secrète de terminer son mandat dans un climat de terreur de sorte que cela serve d'alibi à une modification de la Loi fondamentale. En situation de guerre, on ne sait jamais trop ce que les peuples peuvent solliciter de leurs dirigeants, de surcroît quand ceux-ci sont militaires et qu'ils peuvent apparaître comme les hommes de la situation. En appelant les Touaregs à saisir l'opportunité de sa présence aux commandes de l'Etat malien pour réaliser la paix, ATT les met en garde contre les risques de ne pas trouver un autre interlocuteur disponible à faire la paix et à leur tendre la main. Si, comme il le dit, il n'y a pas d'interlocuteur disponible, que ferait ATT si le peuple malien le réclamait dans un cas de force majeur ?

    Bref, quand bien même on ne lui ferait pas l'injure d'être un mauvais démocrate, on ne saurait rien exclure dans les comportements des hommes politiques en général, connus pour être des personnages insaisissables et versatiles.

    En tout état de cause, la question touarègue risque d'être un thème de campagne fort opportun pour les futures échéances présidentielles.

    L'actualité nationale fait état par ailleurs de la fuite de plusieurs centaines de Touaregs maliens qui ont traversé la frontière pour se réfugier au Burkina. Comme il est loisible de le constater, les négociations se tiennent toujours dans la partie Nord de l'Afrique, en l'occurrence en Algérie et en Libye, alors que les effets collatéraux de cette crise continuent d'être ressentis en Afrique de l'Ouest. Il est peut-être temps que l'Afrique subsaharienne soit invitée à la résolution de cette crise. Une conférence sous-régionale sur le problème touareg ne serait pas de trop, surtout que des pays voisins du Mali, comme le Burkina et le Sénégal, sont les premiers à enregistrer leurs flots de réfugiés touaregs désemparés.

    L'indicateur Renouveau du 11 juin 2008


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