• Jamila Kaka, l'épouse de Moussa Kaka: "L'arrestation de mon mari était préméditée"


    Le correspondant de RFI au Niger, Moussa Kaka, est en prison depuis huit mois. Le 19 septembre dernier, les gendarmes nigériens sont venus le chercher dans la station de radio, où il travaille à Niamey. Son épouse, Jamila se bat pour obtenir sa libération.

    VSD. Pourquoi Moussa Kaka a-t-il été arrêté ?

    Jamila Souley Kaka. Mon mari gêne le pouvoir en place. C’est quelqu’un qui a une parole libre. Il a réussi à monter un groupe de cinq radios, le deuxième groupe privé au Niger. Il suscite la jalousie et l’envie. Depuis 15 ans, Moussa Kaka, parle des affaires qui gênent le pouvoir. Evoquer les rebelles, dérange. Et d’ailleurs tous les journalistes ont reçu une lettre d’un organisme gouvernemental, le CSC, le Conseil supérieur de la communication, demandant formellement de ne pas parler de la rebellion, sous peine de fermeture du média.

    VSD. A-t-il eu des menaces avant cette arrestation du 19 septembre ?

    J.K. Oui. Le 14 juillet dernier, lors de la réception à l’ambassade de France, le chef d’Etat major du Niger a menacé de mort Moussa. Devant tout le monde, il lui a lancé : « c’est vous Moussa Kaka, je vais vous tuer ». L’arrestation était préméditée.

    VSD. Que lui reproche le pouvoir ?

    J.K. Le pouvoir lui reproche des « connivences » avec les rebelles, ainsi que des soit-disant vente d’informations aux rebelles, sur la base d’écoutes téléphoniques. Or ces écoutes n’ont pas pu être réalisées par le Niger. Ce pays n’a pas les capacité techniques. Donc elles sont illégales. Et en plus, elles ne disent pas Moussa Kaka vend des informations sur le gouvernement aux rebelles. Il a donc été inculpé sur la base d’écoutes téléphoniques illégales qui ne le concernaient pas.

    VSD. Comment vit-il en prison ?

    J.K. Il vit avec quatorze autres personnes dans une cellule de 12 mètres carrés. Je vais le voir tous les jours, deux à trois fois. Il faut savoir qu’au Niger, ce sont les proches, les familles qui assurent les repas, s’occupent du linge, toute cette intendance.

    VSD. En France, vous avez rencontré Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme. Qu’espèrez-vous du gouvernement français ?

    J.K. Nous souhaitons bien évidemment une libération de Moussa Kaka. Cela fait désormais hui mois qu’il est emprisonné. Rama Yade nous a reçu et nous a écouté. Dans un communiqué, elle a exprimé le souhait, je cite, que « cette affaire, qui place non seulement un journaliste, mais aussi une famille, dans une situation humaine difficile, soit traitée avec la sérenité nécessaire, dans le plein respect des procédures judiciaires en cours, et qu’un dénouement rapide soit trouvé ».

    VSD. De quels moyens de pression disposent la France ?

    J.K. Il faut que la France mette en place tous les moyens de pression diplomatiques, mais je crois surtout qu’elle devrait agir sur l’armée, sur les chefs militaires. Ce sont eux qui détiennent les clés du pouvoir au Niger.

    Propos recueillis par Antoine Dreyfus
    Source: VSD.fr
    « Niger: onze rebelles touareg tués selon l'arméeNIGER :Nouvelle offensive de l'armée contre les rebelles du MNJ »
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