• Interview : M. Abdoulaye Hama Dila, Maire de la commune urbaine d’Agadez

    Monsieur le Maire, depuis déjà cinq ans le Niger fait l’expérience de la décentralisation. Quelles sont vos appréciations au sujet de cette expérience au niveau de la commune urbaine d’Agadez ?

    Merci de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer sur la dynamique de la décentralisation au Niger d’une manière générale et à Agadez en particulier. Mon sentiment, là dessus doit être celui de tous les maires du Niger. Il ne faut pas oublier que nous sommes au premier mandat. Je dirai que nous sommes dans les premiers pas dans cette expérience de la décentralisation. D’aucuns attendrons justement de ce processus ce qui ne peut pas être atteint au premier mandat. Et les gens se comparent souvent à des pays où la tradition de la décentralisation date des siècles, alors que même là ce n’est pas la perfection. Mais il faut se réjouir je crois de ce que ce qu’est la décentralisation en ce moment au Niger.

    Quels sont les changements que la décentralisation a apportés à la commune urbaine d’Agadez ?

    Les changements, moi je les résumerai dans le Plan de Développement Communal (PDC) que nous nous venons de clôturer, et qui a été initié d’abord par les populations. Ce document est l’aspiration des populations de la commune urbaine d’Agadez. Il va sans dire que dorénavant tout ce qui a trait au développement de la commune va être tiré de ce PDC.

    Qu’est ce qui explique selon vous, les problèmes que certains maires du Niger ont rencontré dans la gestion des municipalités ? Je veux parler des conflits de compétences, les accusations de détournements de deniers publics…

    Je crois que cette situation trouve sa source dans le fait que parmi les maires qui sont des élus, vous avez des gens qui viennent de tous les horizons. Et ce n’est pas toujours qu’on trouve parmi les maires des gens qui ont des notions de gestion. Je ne dis pas que c’est seulement ça le problème, mais il y a aussi la question de l’enracinement même de la décentralisation. Vous savez les gens, lorsque ils sont venus ils se sont dits qu’ils sont autonomes, et il y a eu des dérapages. Je crois qu’il faut mettre tout cela sur le compte de l’inexpérience. C’est les premiers pas, on ne peut pas demander à un enfant qui apprend à marcher de marcher tout de suite correctement. Et en ce qui concerne les conflits de compétence, honnêtement, je dois dire que je ne vois aucun domaine dans mon expérience où j’ai eu un conflit avec quelque autorité que ce soit. Que ce soit la chefferie traditionnelle ou l’administration nous n’avons jamais eu un conflit à Agadez.

    Plusieurs communes du Niger sont confrontées au problème d’incivisme fiscal. Qu’en est t-il en ce qui concerne la commune urbaine d’Agadez ?

    La commune urbaine d’Agadez n’est pas également épargnée par cette situation. Quand vous prenez par exemple la taxe de voirie dont le payement est un de actes élémentaires de la citoyenneté, depuis le début du mandat le taux du recouvrement a oscillé entre 3 et 8%. Même le recensement administratif que nous avons fait l’année dernière ne nous a pas été d’un grand secours. Il faut toutefois dire que ça c’est amélioré et le taux est maintenant à peu près de 15%. Mais on ne se lassera pas nous allons continuer à chercher les voies et moyens pour améliorer ce taux à travers surtout la sensibilisation.

    Mais comment fonctionne la municipalité avec des taux de recouvrement aussi faibles ?

    Cette année en plus de la taxe de voirie, nous sommes avec les autres taxes à un taux de recouvrement global de 49 %, alors que au début du mandat on était à 16%. Ça va donc crescendo et nous espérons que la prochaine mandature aura assez d’outils qui ont déjà été posés.

    A combien s’élèvent les montants dont la commune a bénéficié depuis le début de la rétrocession des redevances sur l’exploitation minière ?

    A ce sujet, il faut noter que la redevance minière a été très positivement appréciée dans la région d’Agadez. Je profite d’ailleurs de l’occasion pour remercier le gouvernement qui avait eu l’heureuse initiative de légiférer par rapport à cette redevance. Pour les deux années 2007 et 2008 nous avons reçu près de 220 millions de F CFA. Il faut aussi souligner que notre entité tire le meilleur profit de la redevance minière dont les retombées sont essentiellement injectées dans l’investissement. Il va sans dire que cela a été d’un apport assez significatif dans les réalisations que nous avons faites pendant ce premier mandat.

    Y a-t-il des partenaires qui appuient la commune urbaine d’Agadez ?

    Nous avons des partenaires parmi lesquels il faut citer Sapta Agadez, un projet qui nous appuie dans le domaine de l’assainissement, mais qui malheureusement a plié bagage du fait de l’insécurité. Nous avons ensuite le PADLAZ, le FICOD, qui nous a accordé cette année une subvention de près de 60 millions de FCFA. Il y a aussi le Programme spécial du Président de la République qui a financé la réhabilitation des locaux de la municipalité pour plus de 70 millions de FCFA.

    Quelles leçons avez vous tiré Monsieur le Maire de l’expérience de la décentralisation ?

    A la fin de ce mandat, la leçon que nous avons tirée est que même si elle n’était pas initiée, la décentralisation devrait l’être. La population a constaté qu’il y a eu un plus dans la relation entre administration et administrés. Cela est très palpable.

    Onep, Agadez 

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