• Coup d’Etat au Niger : Le " tazartché " n’a duré que 56 jours !

    Le 22 décembre 2009 marquait la fin du mandat de Tandja comme président du Niger. Mais la nouvelle constitution lui avait prolongé son bail. De 22 décembre 2009 au 18 février 2010, cela fait 56 jours, le temps que l’ex-président a pu grignoter sur les trois ans voulus. 56 jours ont suffi pour que la continuité se termine dans une caserne militaire !

    Jeudi 18 février 2010. Une autre date qui reste gravée dans l’histoire du peuple nigérien. Alors qu’à Niamey, la population, ou du moins les uns et les autres digèrent leur déjeuner ou vaquent à leurs occupations diverses, des tirs de mitrailleuses et d’armes lourdes commencent à se faire entendre aux environs de 13 h (heure locale) dans la zone du palais présidentiel. Pris de panique, les habitants rentrent vite chez eux. Les commerçants ferment boutique, les fonctionnaires et autres employés vident leur lieu de travail. A 18 heures, la radio nationale interrompt ses programmes pour passer une musique militaire. En ce moment, les Nigériens comprennent que quelque chose a changé dans leur pays : le pouvoir d’Etat. Un groupe de blindés avec la complicité d’une partie de la garde présidentielle, fait irruption dans la salle du Conseil des ministres, arrêtent le président, et confinent en résidence surveillée les ministres du gouvernement.

    A 22h, des militaires s’annoncent à travers une déclaration lue dans une caserne de la ville de Niamey devant les journalistes invités pour la circonstance. Leur porte parole le colonel Goukoye Abdoul Karim, chef du renseignement militaire annonce que le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD) a décidé de suspendre la constitution de la 6ème République et de dissoudre toutes les institutions qui en sont issues. En même temps, il réaffirme " l’attachement de la junte aux traités et conventions précédemment souscrits par l’Etat du Niger " et appelle " l’opinion nationale et internationale à soutenir son action patriotique pour sauver le Niger et sa population de la pauvreté, du mensonge et de la corruption ".

    L’organe militaire décréte un couvre feu de 18h à 6h du matin et la fermeture des frontières et annonce qu’il est dirigé par le chef d’Escadron Salou Djibo. Le vendredi 19 février soit, 24heures à peine après leur prise du pouvoir, les militaires annoncent la réouverture des frontières terrestres et aériennes ainsi que la levée du couvre feu. Tout est réglé pour l’ancien président. Quand nous mettions sous presse, le président Tandja serait détenu à la compagnie d’appui de Niamey, quartier général des nouveaux maîtres du pays. Le président de l’Assemblée nationale, le premier ministre et le ministre de la Justice sont gardés à la garnison militaire de Niamey. Pendant ce temps les Nigériens reprennent leurs activités quotidiennes.

    Les raisons du putsch

    Les nouveaux maîtres du Niger entendent restaurer la démocratie dans le pays. En fait, et chacun s’en rappelle, Mamadou Tandja, 71 ans, avait fait allusion à la "demande" émanant, selon lui, des régions pour qu’il puisse "boucler tous les chantiers qu’il a démarrés pour des raisons de stabilité". Tout commence à la fin de l’année 2008. Un mouvement baptisé " tazartché " (" la continuité " en langue haoussa), intervient sur la scène publique. Ce serait un lobby de partisans du chef de l’Etat militant favorable à ce que Mamadou Tandja reste au pouvoir trois ans de plus. Et cela comme on le voit dans certains pays, à l’instar du Burkina Faso. Au début du mois de mars 2009, pendant que le président Tandja et le groupe français Areva lancent les travaux de la mine d’Imouraren, le gouvernement annonce que le chef de l’Etat veut organiser un référendum sur une nouvelle constitution qui lui permettra de briguer autant de mandats qu’il le souhaite.

    La classe politique et la société commencent à dénoncer son entreprise. Mais le président n’en a cure ! Il met à la porte des députés qui s’apprêtaient à rejeter ce référendum. L’Assemblée nationale est dissoute à la fin du mois de mai 2009. Un mois plus tard, il dissout la Cour constitutionnelle pour avoir rejeté son projet et annulé le décret qui convoque les électeurs pour le référendum. La contestation s’amplifie. Le principal allié du président, la CDS (Convention démocratique et sociale) de Mama Mahamane Ousmane, claque la porte du gouvernement. Mamadou Tandja s’arroge des pouvoirs exceptionnels. Une coalition de partis, syndicats et organisations de la société civile, se constitue en un Front de défense de la démocratie. Mais le président n’en a cure ! Et les événements s’enchainent !

    - Le 27 mars 2009 : visite à Niamey du président français Nicolas Sarkozy. Le président Tandja affirme qu’il ne souhaite pas changer la constitution mais si le peuple le lui demande, il est prêt à rester au pouvoir. Quelques jour splus tard, la possibilité de modifier la constitution par référendum est pour la première fois officiellement évoquée (le président Tandja n’a pas de majorité suffisante à la chambre pour changer la constitution par la voie parlementaire). 
    - Le 25 mai : la Cour constitutionnelle donne son avis sur la question : un tel référendum n’est pas conforme à la loi fondamentale. 
    - Le 26 mai : le président Tandja dissout l’Assemblée nationale. 
    - Le 5 juin : le président Tandja convoque le corps électoral pour un référendum le 4 août. 
    - Le 12 juin : la Cour constitutionnelle annule le décret présidentiel. 
    - Le 13 juin : la CENI, la commission électorale, refuse d’organiser le référendum et fixe des législatives au 20 août. Le chef de l’Etat se tait, temporise. 
    - Le 26 juin : dans un message à la nation, le président Tandja s’arroge les pleins pouvoirs. L’opposition dénonce un "coup d’Etat", appelle le peuple à se mobiliser et l’armée à désobéir. 
    - Le 27 juin : le gouvernement confirme la tenue du référendum constitutionnel, après le refus de la Cour constitutionnelle de revenir sur son arrêt qui invalide le référendum prévu le 4 août. 
    - 4 août : Référendum constitutionnel : Depuis le référendum du 4 août dernier et l’instauration de la VIe République, le mécontentement était palpable. Le climat politique et social s’est dégradé, et l’impasse récente du dialogue politique rendait l’avenir du Niger des plus incertains. 
    - Août 2009 : Réforme constitutionnelle, dénoncée par l’opposition, permettant au président de rester au pouvoir. 
    - 20 octobre : Elections législatives boycottées par l’opposition. 
    - 6 novembre : L’Union européenne suspend son aide au développement. 13 janvier 2010 : Le président dénonce des "ingérences" diplomatiques étrangères. 
    - 18 février : Coup d’Etat militaire.

    La crise est telle qu’entre-temps un médiateur en la personne de l’ancien dirigeant nigérian Abdulsalami Abubacar est désigné par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Un des points d’achoppement des discussions, le référendum fixé pour le 4 août 2009. Les autorités refusent de surseoir à leur décision. D’un côté, l’opposition dénonce " le coup de force institutionnel " et propose un pouvoir consensuel de transition. De l’autre, le pouvoir refuse fermement que l’on touche aux nouvelles institutions, tout en acceptant d’ouvrir à l’opposition certains pans de la gestion de l’Etat. Au dernier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO, le rapport de Abdulsalami Abubakar indique que l’intransigeance de Tandja bloque la résolution de la crise. Finalement, un coup d’Etat est venu !

    La communauté internationale condamne

    Le président de la commission de l’Union Africaine (UA), Jean Ping, condamne " la prise du pouvoir par la force au Niger ". Il réclame un "retour rapide à l’ordre constitutionnel". La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), exprime "sa profonde préoccupation". La France "condamne" la prise du pouvoir par les militaires au Niger "par des voies non constitutionnelles" et appelle au "dialogue" pour trouver une solution à la crise. Paris "engage tous les acteurs, y compris les forces armées, à trouver par le dialogue et dans les meilleurs délais une solution à la crise constitutionnelle". L’Afrique du Sud, notamment, par son président, Jacob Zuma, a appelé les militaires à respecter "les principes constitutionnels sur le transfert de pouvoir". L’Organisation de la conférence islamique (OCI) regrette " l’intervention des militaire". Washington et Madrid ont estimé que l’action du président a pu déclencher le coup d’Etat militaire.

    Au Niger, les réactions en général sont tout autres. On peut lire par exemple sur les sites web consacrés au Niger de la joie et du soulagement : " " Le Tazartché, la Refondation de la République, la 6ème République, le dictateur Tandja Mamadou et ses acolytes, la société civile de la Refondation, tout ce patati patata est désormais terminé. Ils sont rentrés dans l’histoire du Niger par la petite porte et sont ressortis par la afenêtre. Le mensonge de la 6ème République a beau courir avec son Gâchis Spécial, sa soit disante compassion pour le monde rural, ses grands chantiers, ses bus pour transporter les fonctionnaires de l’Etat, sa " démocratie " et quoi sais-je encore, la vérité de la Démocratie et de la Bonne Gouvernance l’a attrapée un seul jour, un après midi du 18 février 2010. Le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD) l’a laissé entendre dans sa première déclaration lue par son porte-parole le Colonel Goukoye Karimou que leur ambition est, entre autres de mettre fin au mensonge. Le mensonge, c’est ce qui a été distillé, tout au long de la 6ème République par les " tazartchistes " et acabits. Le CSRD vient donc sonner la fin des haricots pour les " Refondateurs de la République " et les animateurs de la 6ème République. Quelle triste fin ! ".


    EN BREF

    Déclaration du Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD)

    Nigériennes, Nigériens, Chers compatriotes en ce jour 18 février 2010, nous, Forces de Défense et de Sécurité, avons décidé de prendre nos responsabilités en mettant fin à la situation politique tendue que vous connaissez déjà. Le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD) dont je suis le porte-parole, a décidé de suspendre la constitution de la 6ème République et de dissoudre toutes les Institutions qui en sont issues.

    Nous demandons à la population de garder son calme et de rester unie autour des idéaux qui animent le CSRD et qui pourront faire du Niger un exemple de démocratie et de bonne gouvernance, à l’instar des autres Etats épris de paix et de stabilité. Nous réaffirmons notre attachement aux traités et conventions précédemment souscrits par l’Etat du Niger. Nous appelons l’opinion nationale et internationale à nous soutenir dans notre action patriotique pour sauver le Niger et sa population de la pauvreté, du mensonge et de la corruption. Nous demandons enfin à tous nos partenaires de faire confiance à notre armée qui est et demeure la garante de l’unité nationale, de l’intégrité du territoire et des intérêts supérieurs de notre Nation. Nigériennes, Nigériens Chers compatriotes, En ces temps difficiles que nous traversons, nous savons pouvoir compter sur votre esprit de patriotisme pour que vive le Niger. Je vous remercie !"

    Niger : Un pays à enjeux

    Le Niger, vaste pays de 1 267 000 km², dispose d’un sous-sol qui est l’un de plus riches de l’Afrique sub-saharienne, avec d’importantes réserves d’uranium dans le massif de l’Aïr, de phosphates, d’or dans le Liptako nigérien, du charbon à Anou-Araren et d’étain à El Micki. L’exploitation de l’uranium place le Niger au troisième rang mondial, avec 70 % des exportations du pays, derrière le Canada et l’Australie. Le secteur des mines et de l’industrie représente 10 % de la population active nigérienne et participe pour 16 % au PIB. Numéro un mondial du nucléaire civil et premier employeur privé du Niger, Areva exploite dans ce pays plusieurs gisements d’uranium. En janvier 2009, le groupe nucléaire français a signé avec le gouvernement nigérien une convention qui attribue au groupe le permis d’exploitation de la mine géante d’uranium d’Imouraren, "la mine d’uranium la plus importante de toute l’Afrique et la deuxième du monde" selon Areva. En mai 2009 le président Tandja a donné le coup d’envoi des travaux sur le gisement, mettant fin à deux années de brouille entre Paris et Niamey.

    Les hommes du coup d’Etat

    La junte militaire a pour président le chef d’escadron Salou Djibo. Né en 1965, le nouvel homme fort de Niamey a reçu sa formation militaire en Côte d’Ivoire, en Chine et au Maroc. Il dirige depuis cinq ans l’une des plus importantes garnisons de la capitale. Certains de ces officiers dirigent les garnisons de la capitale et ont participé aux précédents coups d’Etat de 1996 et 1999.

    Parmi eux, le colonel Djibrilla Hamidou Hima, puissant commandant de la zone militaire de défense numéro 1, qui couvre plusieurs régions de l’Ouest, dont Niamey. Surnommé "Pelé", en raison de sa passion pour le football, il est également le président de la Fédération nigérienne de football. Il fut le numéro deux de la junte dirigée par le commandant Daouda Malam Wanké, qui avait renversé le président Ibrahim Baré Maïnassara en avril 1999. Le coup fut suivi de l’élection présidentielle remportée par Mamadou Tandja.

    Autre figure importante, le commandant Abdoulaye Adamou Harouna, fils d’un ancien officier de la junte du général Seïni Kountché, auteur du tout premier coup d’Etat au Niger, qui avait renversé Diori Hamani, le premier président civil du pays, en avril 1974.

    Source : AFP

    Par K.K


    Les leçons d’un putsch

    La Constitution ou loi fondamentale d’un pays n’est pas du chewing-gum que l’on peut tirer à volonté. Le colonel Mamadou Tandja ne l’a pas compris et ce qui devait arriver, arriva. Ah qu’il est dur d’oreilles le cher ex-président du Niger. Il a réussi en un tour de main à mettre sur son dos et celui de son pays toute la Communauté internationale par sa volonté à se maintenir au pouvoir. Pour n’avoir pas su écouter, pour s’être montré arc-bouté sur des chantiers à finir avant de laisser le pouvoir, voilà qu’aujourd’hui on le conjugue au passé.

    Le même peuple qui a voté la Constitution nouvelle formule, source de la crise, est resté tranquille dans les maisons, pendant que les militaires putschistes soumettaient le palais présidentiel où se tenait un conseil des ministres, à des bombardements incessants avec les armes lourdes et légères. La résistance fut farouche, mais la puissance de feu des assaillants a finalement eu raison du pouvoir de Mamadou Tandja, qui mesure aujourd’hui combien il était entouré de faux-types, de faux conseillers en ceci ou cela, et qui ne cessaient de chanter à ses oreilles qu’ils ont la situation en mains. Amouf comme disait l’humoriste camerounais Jean Miché Kankan. Comment comprendre que pendant plus de 5 heures d’horloge, le palais présidentiel avec son occupant dedans soit attaqué de l’extérieur, cerné par tous les côtés et que le chef suprême des armées n’ait pas pu faire intervenir une caserne, une base militaire à la rescousse ? N’est-ce pas la preuve qu’il n’était chef de rien du tout ?

    Cet exemple sur le cas Mamadou Tandja vient rappeler une fois de plus à nos dirigeants que lorsque le peuple se met debout, les tripatouilleurs de Constitution tombent. On peut tromper une partie du peuple tout le temps, mais on ne peut pas tromper, tout le peuple, tout le temps. Un pays est un chantier à permanence, on vient à la tête pour jouer sa partition et bien la jouer et laisser la place car on n’arrête pas le développement.

    Mais en Afrique, les Constitutions sont taillées sur mesure, et il se trouve toujours des têtes bien pleines et bien pensantes pour essayer d’expliquer que le Chef qui est au pouvoir est le seul à même de pouvoir diriger le pays, seul si la nature reprend ses droits ou change. Autrement dit, c’est toujours faire de la chirurgie non esthétique d’ailleurs sur la Constitution afin que "Excellence, Monsieur le Président " soit toujours au pouvoir. On crée de la sorte une crise qui finit toujours par avoir raison des tripatouilleurs de Constitution, Malheureusement les exemples qui abondent n’ont toujours pas permis aux uns et aux autres de tirer les leçons adéquates et pourtant, comme disait le scientifique ; " les mêmes causes, produisent toujours les mêmes effets ".

    A Partir de cet exemple de Tandja le " Téméraire ", si ici au Faso, on pouvait tirer les leçons et laisser l’article 37 qui limite le nombre de mandat présidentiel à deux fois 5 ans, ce serait une très bonne chose. Cela permettrait au pays de s’occuper des nombreux chantiers du développement que de faire des haltes, à cause des contestations sur la modification de la Constitution. Mathieu Kérékou a fini ses mandats, il a laissé la place, et selon les sources, comme l’autorise le Constitution béninoise, il s’apprêterait à revenir dans la course pour être encore président. C’est là l’attitude d’un démocrate. Par son action, il a permis au Bénin d’éviter une crise sociale préjudiciable au développement du pays. Le Ghana est un exemple presque accompli dans ce domaine. On y vient pour un temps bien déterminé et à la fin, on laisse le pouvoir. C’est loin d’être le cas ici au Faso, où des gens veulent d’un pouvoir à durée indéterminée. Ce n’est pas démocratique.

    Par M.N

    Par Bendré, le Faso.net

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