• Conclave au Nord-Mali, Face à face ATT-Bahanga ?

    Pour le retour définitif de la paix et de la sécurité au nord du pays et singulièrement à Kidal, une grande réunion se tiendra à la fin de ce mois dans la capitale de la 8è région administrative du pays. Le président ATT y est annoncé. Bahanga aussi. 

    La rencontre est organisée, selon des sources proches du milieu, par la chefferie traditionnelle des communautés tamasheqs de l'Adrar des Ifoghas et la famille maraboutique des KOUNTA et autres Kel Antassar.

    Selon les mêmes sources, il s'agit de faire le bilan des efforts engagés, ces derniers temps, pour ramener la paix et la sécurité dans le septentrion malien en général et la région de Kidal en particulier. Ce, après les événements du 23 mai 2006 dont l'année 2009 marque l'épilogue avec le départ du rebelle des rebelles, Ibrahim Ag BAHANGA, pour la Libye avant d'être « gentiment refoulé » de ce pays il y a trois semaines.  

    L'ombre d'Al Qaïda

    Parallèlement à ces événements ou à cause de ceux-ci, tout le septentrion malien a été infesté par les groupes armés plus ou moins affiliés au réseau Al Qaïda d'Ousama Ben LADEN, notamment Al Qaïda pour le Maghreb islamique (AQMI), ancien Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) du terroriste algérien Bel Mokhtar. En effet, ce groupe a poussé l'audace pour venir assassiner un officier malien des renseignements basé à Tombouctou, le colonel Lamana Ould BOU, le 10 juin dernier. Pour rappel, Ould BOU avait 42 ans et avait intégré l'armée malienne depuis les accords de paix de 1996. Rapidement, il devient un des plus loyalistes des intégrés, n'hésitant pas à livrer une guerre ouverte aux Salafistes et autres trafiquants de drogue qui pullulent dans le grand nord. C'est lui qui a été l'un des artisans essentiels de la libération des élus de l'Adema à la veille de la mise en place des bureaux des conseils de cercle et de l'assemblée régionale ; alors que la communauté Berabich, dont il est issu, était fortement suspectée dans cet enlèvement. Plus récemment encore, six des sept présumés combattants islamistes d'Al-Qaïda, Maliens et Mauritaniens, arrêtés fin septembre 2009 par l'armée mauritanienne près de la frontière malienne, ont été libérés quelques jours plus tard. Si Nouakchott avait affirmé avoir mis la main sur les membres d'Al-Qaïda au Maghreb, les proches de ces personnes avaient aussitôt démenti ces accusations. 

    Mais, selon des sources concordantes, les préoccupations strictement domestiques seront également à l'ordre du jour de ce conclave de l'Adrar des Ifoghas. En effet, soulignent-elles, les dernières élections municipales ont laissé des traces. Certes, les indépendants ont officiellement gagné les élections d'avril 2009 pour s'installer à la mairie de Kidal. Mais la manière dont cette victoire a été acquise n'a pas convaincu grand monde avec l'immixtion des porteurs d'uniforme au vu et au su de tout le monde. Ce faisant, le pouvoir politique local a changé de camp aux dépens des anciennes familles « faiseuses de roi » comme les puissantes chefferies traditionnelles et les vénérables marabouts. Ce bouleversement de l'ordre traditionnel établi depuis belle lurette avait été déjà amorcé par les événements du 23 mai ci-dessus évoqués avec l'émergence des tribus vassales auxquelles Ag BAHANGA et la plupart des membres de sa bande appartiennent.

    La hiérarchie bousculée

    « L'équation du Nord : est-ce un problème de développement tant revendiqué, et pourtant tant compromis par l'insécurité savamment entretenue et, surtout, instrumentalisée ? Les différents diagnostics font état, à Kidal, d'une vie communautaire, il faut accepter de le dire, qui, aujourd'hui, connaît quelques crises. Une société bien organisée qui avait ses mécanismes traditionnels. Mais aujourd'hui, malheureusement, les mécanismes traditionnels de régulation, de prévention et de gestion des conflits sont affectés et ne suffisent plus pour pouvoir stabiliser la société en cas de difficultés.

    Cette crise a connu son paroxysme avec les événements du 23 main 2006 qui ont ouvert une (nouvelle) page sur l'histoire de cette région. Les manifestations de cette crise sont confirmées avec les attaques et les poses de mines sur les axes routiers qui sont  ponctuées par les enlèvements d'otages. Ce contexte est caractérisé par l'effritement de certaines valeurs, malheureusement, surtout que le filet social qui était là n'arrive plus à suffire et à garantir ; ce filet social qui est constitué par les grands chefs, les amenokals, les chefs de fraction, les grands notables, les érudits, les personnes de bonne volonté. Malheureusement, tous ces mécanismes sont mis à mal.

    Mais il y a un autre objectif sinon une autre cause aujourd'hui : c'est la course au leadership, la course à l'enrichissement par tous les moyens. Certains ont fait de cela un objectif. Ce qui, dans une certaine manière, favorise la multiplication de nouveaux centres de décisions communautaires. Ce qui fait en sorte que, au lieu de parler avec groupe, on parle avec un sous groupe, deux, trois, quatre et cinq... », avait diagnostiqué le président ATT.

    La paix des braves

    Cette rencontre se tient aussi après la dynamique enclenchée par les chefs rebelles touaregs du Mali et du Niger qui ont accepté de prendre l'engagement de signer avec les autorités respectives de ces deux pays « la paix des braves », en Libye, le 9 octobre dernier.

    En effet, le Guide de la révolution et président de l'Union africaine, Mouammar KADHAFI, a assisté, à Sebha, à la manifestation festive des tribus touareg du Niger, du Mali et de Libye, célébrant la proclamation de la paix totale par les factions et groupes précédemment armés, au nord du Niger et du Mal. Ce, à la suite de l'appel que leur avait adressé le Guide pour mettre un terme à la violence, en jetant les armes, et s'intégrer dans les sociétés de leur pays respectif dans la paix, afin de pouvoir se consacrer entièrement aux tâches du développement et de contribuer à la bataille de parachèvement de l'unité de l'Afrique.

    Bajan Ag HAMATOU, député malien, chef des tribus Oulimiden et coordinateur des tribus du grand Sahara, a ainsi salué les efforts, l'aide et l'assistance de KADHAFI à l'endroit des nécessiteux et des membres de la communauté touarègue de tous ces pays. Pour sa part, Ahmada Ag BIBI, lui aussi membre du Parlement malien, auparavant porte-parole des Forces de l'alliance du nord du Mali, a souligné que chaque Targui, où qu'il se trouve, devrait se considérer comme un soldat de la révolution du grand Fatah, sur la voie de l'unification du continent. « Nous avons, à l'instar de tous les hommes libres, suivi avec fierté votre discours historique du haut de la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies », a-t-il flatté à l'endroit du Guide libyen.

    L'arme économique

    Par ailleurs, comme en prélude à ce conclave, l'organisation, à Kidal, de la Semaine commerciale (SECO) 2009, prouve ainsi que la région renoue avec la normalité ambiante. En effet, le coup d'envoi de la 9è édition de cette foire commerciale a été donné, le 17 octobre dernier, par le ministre de l'Industrie, des investissements et du commerce, Ahmadou Abdoulaye DIALLO. Ce dernier avait à ses côtés, au stade municipal de la ville, le ministre de l'Emploi et de la formation professionnelle, Ibrahima N'DIAYE ; le gouverneur de la 8ème Région, Alhamdou Ag ILLYENE; le premier adjoint au maire de la commune urbaine de Kidal, Abdoul Salam Ag ASSALET ; le premier vice-président de la délégation régionale de la Chambre de commerce et d'industrie, El Hadj Bicha André ; etc. "Il y a peu de temps, certains ne croyaient pas à notre capacité à organiser la Seco. Notre région souffre des mauvaises images. Certes, nous ne pouvons pas oublier les périodes difficiles qui ont mis toute la nation malienne en émoi. Mais je puis vous assurer que, depuis, Kidal s'engage dans une logique de paix et d'entente", a commenté M. Ag ASSALET. « La Seco constitue une plate-forme de rencontre idéale pour les opérateurs économiques et tous les acteurs du monde des affaires. Car l'objectif recherché est d'aider les entreprises à mieux faire connaître au public les fruits de leur savoir-faire et à créer ainsi les conditions propices à l'accroissement de leur part de marché au plan national. La Seco concourt à stimuler également la consommation des produits et services locaux et contribue à améliorer ainsi la balance commerciale de notre pays », a souligné, pour sa part, le ministre DIALLO.

    En tous les cas, selon des sources proches des organisateurs, le président ATT est attendu à ce rendez-vous de Kidal.

    Selon les mêmes sources, Ibrahim Ag BAHANGA sera de la fête même si, pour l'instant, personne ne sait officiellement où il se trouve. Mais, selon certaines indiscrétions, le rebelle des rebelles navigue entre Tamanrasset et le Niger voisin.

    L'un et l'autre vont-ils bouder la rencontre des Ifoghas ou se regarder yeux dans les yeux pour la première fois depuis les événements douloureux du 23 mai 2006 et leurs suites macabres jusqu'en 2009 ?

    Par Seydina Oumar DIARRA-SOD   

    Encadré

     

    Kadhafi à Sebha


     Voici la teneur du discours du guide :

    Au nom de dieu clément et miséricordieux. Je dirai que c'est l'un moment historique. Une journée mémorable que cette journée ou nos frères « koultamachek » au mali et au Niger, ont décidé d'être en paix et de jeter les armes.

    La paix qui s'est accomplie en ce jour, est une paix de braves dans le plein sens du mot. Nos frères « koultamachek », ont décidé librement d'être en paix. Chacun sait que vous êtes courageux. Que vous êtes capables d'aller au combat. Cependant, pour nos enfants au Niger, au Mali, en Libye, vous avez décidé la paix. Car nous voulons que les enfants du Niger, du Mali et de la Libye, vivent en paix et dans la fraternité. En dépit de votre courage et de votre aptitude au combat, vous avez expérimenté la lutte armée, sans que cela soit profitable.

    Nous savons que votre pays d'origine, c'est la Libye, votre mère patrie. Mais pour ceux d'entre vous qui ont longtemps vécu au Niger, leur pays c'est le niger. Pareil pour le mali.

    Le Niger était colonise et c'est un pays sous-développé. Le Mali également. Ces deux pays ont besoin des efforts de tous leurs enfants. Ils ont besoin de paix et de stabilité.

    Et je vous le dis : il est illicite que des Nigériens combattent d'autres Nigériens. Où que des Maliens se font la guerre entre eux, qu'ils soient Koultamachek, Haoussa ou Foulani ou Songhaï ou Barabich, etc., je dis que vous êtes tous frères. Et dieu dit : « les croyants sont des frères ». Il est illicite que des frères se combattent entre eux. Il est illicite que le musulman combatte un autre musulman. Il est illicite que l'africain combatte un autre africain. Comment aviez pu vous combattre entre vous ? Alors que vous êtes musulmans, comment vous êtes vous combattus ? Alors que vous êtes Africains.

    Ceci relève de l'impie, d'après le coran. Et c'est interdit dans les chartes africaines. Nous prenons les armes contre le colonialisme, contre une agression étrangère. Une agression étrangère au continent africain, nous devons la combattre ensemble.

    Il n'y a pas de doute en cela, nous étions dans l'erreur quand nous nous combattions mutuellement. Votre pays le Niger, votre pays le mali, ne supporteront pas les troubles, la guerre civile et la violence. Aujourd'hui, pour la première fois il n'y a pas de rebelle arme dans les montagnes du mali ou du Niger, venant des Koultamachek.

    Ceux qui dirigeraient la rébellion, ils sont aujourd'hui ici a mes cotes : 
     voici le frère Ghali Alambo, qui dirigeait le Mouvement des Nigériens pour la justice 
     et Ibrahim Bahanga, qui était recherché (wanted). Aujourd'hui, il est au mali et il dirigeait les forces de l'alliance au nord du mali 
     voici le frère Aklo Sidi, il dirigeait le Front des amis du Niger 
     et voici un représentant du Rere Aissa Aoula, qui dirigeait le Front pour la rectitude 
     il est ou le frère Daiti, il dirigeait la faction de Tilsit 
     et le représentant du frère Yeghles, Ahmed Bouba 
     le frère Akli, chef du front Arbanda.

    En ce moment précis, 1.100 combattants ont remis leurs armes à Agadez. Ils nous écoutent en ce moment. Ils attendent un ordre de moi pour qu'ils rentrent au Niger, en paix. Et je dis maintenant : entrez en paix au niger.

    Il y a avec nous, par ailleurs, de l'autre côté : 
     le frère ministre de l'intérieur du Niger 
     le haut commissaire à la paix, de la partie du Niger 
     le chef de la garde républicaine dans le gouvernement du Niger 
     l'ancien ministre de l'environnement, car il est Koultamachek 
     il y a aussi avec nous le gouverneur de la province de Agadez 
     il y aussi ici l'ambassadeur du Niger et le consul du Niger à Sebha 
     avec nous se trouvent également des généraux de l'armée du Niger 
     il y a également le sultan des tribus du Niger, des tribus du Mali, les cheikhs, et à leur tête le frère Bejn qui a été le premier à prendre la parole. Ils sont également dans le parlement au Mali et au Niger.

    Cela signifie que le deux parties qui se livraient combat sont ici, la main dans la main, épaule contre épaule, assis ensemble.

    Cette grande victoire n'aurait pu se réaliser sans la volonté des dévoués du Niger et du Mali, le président Tandja au président Toumani Touré, jusqu'aux chefs Koultamachek des fronts de la rébellion.

    En réalité, nous ne sommes pas parvenus à ce résultat facilement. Les frères dans les gouvernements du Niger et du mali, avec le président Tandja et le président Toumani Touré, ont déployé des efforts pour cela. De notre cote, nous avons déployé des efforts durant des années, avec les chefs de la rébellion, les sultans, les cheikhs des tribus pour arriver à cette journée mémorable.

    A vrai dire, sans la réponse solidaire de mon cher frère le président Tandja et de mon cher frère le président Toumani Touré en satisfaisant ce que je leur ai demande pour le processus de paix. Nous voulons la paix pour nos enfants et nos petits-enfants. Nous voulons que les enfants de Koultamachek soient scolarises et apprennent les sciences et vivent dans des centres urbains pour qu'ils ne restent pas dans les montagnes, toujours avec leurs kalachnikovs et leur Toyota

    Nous voulons que vous viviez dans les villes, au bord des fleuves, pour vivre une vie stable dans des champs et dans des maisons. Nous voulons que vous viviez à Niamey, à Bamako et dans les villes, que vous ayez des fermes, des maisons, des écoles et des hôpitaux.

    A cette journée mémorable, je veux dire à Koultmachek qui sont la dans leur pays, que la Libye va leur fournir des passeports et qu'ils seront considérés comme des authentiques Libyens.

    SOURCE:Bamanet

     

     

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