• Brahim Belkheir : Soixante-dix ans de passion pour l’imzad

    Sous sa coiffe aux anneaux réguliers de vrai Touareg, seuls ses yeux pétillants cernés de rides, marquant ses soixante-dix ans trahissent sa passion. Son nom est Brahim Belkheir et sa passion c’est l’imzad.

    Au son des touches féminines qui dessinent sur l’instrument toute la beauté du désert, le chanteur s’élance dans des compositions vocales accompagnant, telle une flèche poursuit l’espace que lui dicte l’arc, les ondulations de l’instrument. Sa voix se met en mouvement et sans tenter de faire la compétition à l’imzad, le chanteur se soumet aux compositions que lui propose l’instrumentiste. Dans ce style musical propre aux touareg, la vedette est partagée entre la joueuse de l’imzad et le chanteur. Brahim Belkheir parle de l’imzad avec ferveur, car pour lui plus qu’une musique, c’est l’identité même du Targui, son histoire et son futur. « Que vous dire de plus sur l’imzad qui a fait succomber un lion. Cet instrument a été le moyen par lequel la femme a obligé les hommes à faire la paix. Elle s’est assise face aux guerriers des tribus en guerre et s’est mise à jouer en lançant ce message.

    Que l’homme d’entre-vous vienne écouter et laisse tomber son épée. C’est à partir de là que la femme est devenue la gardienne de la paix et l’imzad son moyen de semer l’amour », explique Belkheir Brahim qui accompagne la joueuse de l’imzad par des poèmes et des chants, parfois le fruit d’une improvisation au gré des mélodies, de l’humeur et de l’air du temps. « Je chante la beauté des gazelles et la résistance du dromadaire ; je chante la légèreté et les couleurs du printemps et flatte la femme qui prend soin de son homme. Il m’arrive aussi de blâmer dans mes chansons la femme qui martyrise son mari », nous confie l’artiste pour expliquer les thèmes qu’il traite dans ses chansons. Le chanteur est fier de nous annoncer avoir trois femmes et trente enfants. La tradition pour lui est le bien le plus précieux qui puisse nous être léguée. « Je suis un Targui qui tient à sa culture. Le fait de chanter dans ma langue est ma manière d’affirmer mon identité.

    Je ne peux tolérer que l’on introduise d’autres langues dans la chanson targuie », nous dit-il en pensant au dernier Festival de la musique touareg qui s’est déroulé à Djanet du 29 octobre au 3 novembre derniers. « La musique targuie algérienne est différente des autres musiques, même de celles des Touareg du Niger ou du Mali. Je suis pour la préservation de la tradition, c’est pour cela que je continue à chanter », nous dit-il avec une pointe d’espoir pour que les jeunes puissent connaître, comme lui, l’importance de ne pas se détourner de la source où se sont abreuvés des générations de Touareg.
    Par Nadjia Bouaricha
    El Watan

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